Mois : août 2015

La monnaie chinoise dévaluée pour le troisième jour consécutif

La Chine a abaissé jeudi de plus de 1% le taux de référence du yuan face au dollar, une forte réduction pour le troisième jour consécutif, accentuant de facto la dévaluation de sa monnaie, a annoncé l’opérateur national du marché des changes. La banque centrale chinoise (PBOC) a ramené à 6,4010 yuans pour un dollar, contre 6,3306 yuans mercredi, le taux-pivot autour duquel le renminbi (autre nom du yuan) est autorisé à fluctuer, dans une fourchette quotidienne de 2% de part et d’autre. C’est le troisième jour consécutif que l’institution réduit de façon drastique ce taux de référence, déjà abaissé de presque 2% mardi matin, puis d’environ 1,6% mercredi.

C’est la plus brutale dépréciation enregistrée par la monnaie chinoise depuis plus de deux décennies et la mise en place par Pékin du système de changes actuel. Les annonces de la PBOC ont été considérées comme autant de dévaluations successives du yuan, même si la banque centrale s’en défend, assurant qu’il s’agit au contraire de rapprocher sa valeur des réalités du marché. Cette soudaine dévaluation a été largement perçue comme un puissant effort de Pékin pour revigorer son commerce extérieur et stimuler une activité en plein ralentissement, et a intensifié brusquement les inquiétudes sur la santé vacillante de l’économie chinoise.

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Cela a fait l’effet d’un coup de tonnerre, en pleine torpeur estivale, pour les places boursières mondiales et les marchés des matières premières, qui ont trébuché de concert, angoissés de voir caler un pays moteur de l’économie mondiale. De son côté, la banque centrale avait assuré mardi qu’elle opérait simplement un «ajustement une fois pour toutes» de la façon de calculer le taux-pivot du yuan pour prendre davantage en compte les fluctuations du marché des changes. Et que les dépréciations successives depuis mardi ne seraient que la conséquence de ce nouveau mécanisme.

Le nouveau taux de référence dévoilé mercredi était en-deçà du niveau atteint par la monnaie mercredi soir à l’issue des échanges, à 6,3870 yuans. La Chine continue d’encadrer étroitement la convertibilité du yuan, mais en lui accordant un surcroît de flexibilité, la PBOC pourrait chercher à renforcer ses chances de lui faire intégrer le club fermé des grandes monnaies mondiales. Pékin ambitionne ainsi d’obtenir son inclusion dans les Droits de tirage spéciaux (DTS), l’unité de compte du Fonds monétaire international actuellement composé de quatre devises (dollar, euro, livre et yen).

Mais une dépréciation prolongée et importante du yuan pourrait être à double tranchant, en encourageant les fuites de capitaux hors de Chine, en renchérissant le coût des importations du pays et en gonflant le poids des dettes en dollars des entreprises chinoises. «Si c’est nécessaire, la banque centrale est pleinement capable de stabiliser le taux de change (du yuan) via des interventions directes sur le marché», a d’ailleurs affirmé un économiste de la PBOC, cité par la presse officielle.

 

Accusation de viols en Centrafrique : le chef de la mission de l’ONU renvoyé

Le chef de la mission de l’ONU en Centrafrique (Minusca) a été renvoyé après une série d’accusations d’abus sexuels contre des enfants commis par des Casques bleus. Le diplomate sénégalais Babacar Gaye, 64 ans, «a remis sa démission à ma demande, a déclaré mercredi le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon à des journalistes à New York. Il m’est impossible de mettre en mots la colère, le tourment et la honte que je ressens après ces accusations récurrentes au fil des années d’exploitation sexuelle et d’abus commis par des forces onusiennes.» Et de marteler : «Je ne tolérerai aucun agissement de ceux qui remplacent la confiance par la peur […] assez, c’est assez.»

Cette annonce intervient au lendemain de l’ouverture d’une enquête sur des accusations de viol contre une fillette et de l’homicide d’un adolescent de 16 ans et de son père qui auraient été commis par des Casques bleus au cours d’une opération armée dans la capitale centrafricaine début août. Au moins cinq personnes, dont un Casque bleu, avaient été tués et des dizaines blessés pendant cette opération qui s’est déroulée les 2 et 3 août, et visait à arrêter un ancien chef de l’ex-rébellion Séléka dans l’enclave musulmane du PK5 à Bangui. La Séléka, à dominante musulmane, avait pris le pouvoir à Bangui en mars 2013, avant d’en être chassée l’année suivante, mais elle y a gardé des sympathisants, notamment dans le quartier du PK5.

Cette enquête fait suite à plusieurs cas similaires mettant en cause des Casques bleus marocain et burundais.

Dans une affaire séparée, la France enquête sur des allégations d’abus sexuels commis sur des enfants en Centrafrique entre décembre 2013 et juin 2014. Ces accusations visent notamment 14 soldats français qui faisaient partie de l’opération Sangaris menée par la France et n’étaient pas sous le commandement de l’ONU. Toutefois, l’ONU a aussi nommé une commission indépendante pour enquêter sur ce cas et plus précisément sur la façon dont les Nations unies ont géré l’affaire, après des critiques pointant du doigt la lenteur de sa réaction sur le dossier. Le porte-parole de l’ONU Stéphane Dujarric a indiqué que 57 allégations de fautes ont été proférées contre des Casques bleus de la Minusca, dont 11 concernant potentiellement des cas d’abus sexuels sur des enfants.

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Le limogeage de Babacar Gaye est une décision «sans précédent», a fait savoir le porte-parole, prévenant que Ban Ki-moon s’apprêtait à «livrer un message fort» aux envoyés spéciaux des 16 missions de l’ONU durant une visioconférence prévue jeudi. Ce même jour, les quinze membres du Conseil de sécurité tiendront une réunion spéciale au cours de laquelle Ban Ki-moon se prononcera notamment sur le limogeage.

Chine : au moins 13 morts et 250 blessés dans une énorme explosion à Tianjin

Une impressionnante explosion a secoué la ville chinoise de Tianjin, située à quelque 150 kilomètres au sud-est de Pékin, ce mercredi. Elle a été ressentie à des kilomètres à la ronde et a tué au moins 13 personnes selon un bilan officiel à 23 h 30 (heure française), 250 autres sont blessées. BREAKING: Police say at least 7 dead in Tianjin port explosions.

Sur son site internet, le Quotidien du peuple, organe officiel, a expliqué que les personnes ont été tuées lorsqu’une cargaison d’explosifs a pris feu dans l’entrepôt où ils étaient stockés. Selon les médias locaux, il y a eu au moins 300 blessés. Le journaliste de Courrier international Zhulin Zhang ajoute qu’entre 300 et 400 blessés ont été reçus dans les hôpitaux, un chiffre confirmé par le quotidien chinois les Nouvelles de Pékin. Des centaines d’autres personnes affluent vers les hôpitaux, totalement saturés. De nombreux bâtiments ont été soufflés et les habitants ont été évacués. Selon le Quotidien du peuple, des personnes sont prises au piège dans l’incendie provoqué par une seconde explosion. Selon les médias locaux, l’incendie causé par l’explosion était sous contrôle à 23 heures heure française; deux pompiers sont portés disparus.

Tianjin: 2ème bilan officiel, 13 morts, 11 blessés graves, 248 hospitalisés pic.twitter.com/paFOiwNnmn

— Zhulin Zhang (@ZhangZhulin) 12 Août 2015

Selon l’agence officielle Chine nouvelle, la première explosion a eu lieu vers 23h30, heure locale (18h30 en France) lorsqu’un bruit assourdissant a été entendu et que des flammes ont jailli, éclairant tout le ciel et propulsant des nuages de poussière sur des dizaines de mètres dans l’air. 

Sur des photos diffusées par le réseau social chinois Weibo, des personnes erraient couvertes de sang dans les rues, d’autres portaient des enfants emmitouflés dans des couvertures, mais l’authenticité de ces images n’a pas pu être confirmée dans l’immédiat.

Selon le compte Weibo authentifié du Centre chinois des réseaux de surveillance des séismes, la magnitude de la première explosion équivalait à la détonation de trois tonnes de TNT, tandis que la seconde explosion avait une puissance de l’équivalent de la détonation de 21 tonnes de cet explosif. Tianjin, qui se situe à 140 km au sud-est de Pékin, est l’une des plus grandes villes du pays, avec près de 15 millions d’habitants.

 

Tianjin : photos dans un hôpital pic.twitter.com/JGYOq3UPm4

— Zhulin Zhang (@ZhangZhulin) 12 Août 2015

Grande explosion à #Tianjin, il s’agit d’un dépôt de produits chimiques. Ts les hôpitaux sont saturés pic.twitter.com/BjPLTd8NjU

— Zhulin Zhang (@ZhangZhulin) 12 Août 2015

Update: Hospital says it has received over 50 wounded from #Tianjin blast, new ones keep coming pic.twitter.com/WpFImxe2L6

— People’s Daily,China (@PDChina) 12 Août 2015

Shockwaves from #Tianjinblast felt kilometers away. Injured sent to hospital. http://t.co/yfckCsW6oXpic.twitter.com/CGh9mcv7SI

— China Xinhua News (@XHNews) 12 Août 2015

Reported security camera video from the #Tianjin explosion via weibo pic.twitter.com/9hsC6weuzv

— Jon Passantino (@passantino) 12 Août 2015

 

 

Mort de la cinéaste Solveig Anspach

La réalisatrice Solveig Anspach est morte vendredi 7 août dans la Drôme. Elle avait 54 ans. La cause de son décès est une récidive du cancer dont elle souffrait depuis des années, dont elle s’était un temps remise, et qui avait refait surface.

Cette même maladie, Solveig Anspach en avait fait le sujet de sa première fiction, Haut les cœurs !. Dans le film, Karin Viard est Emma, jeune femme qui apprend quasiment en même temps sa grossesse et sa maladie. Le film, sorti en 1999, fut un succès public, d’autant qu’il consacrait définitivement son excellente interprète dans le cinéma français, et qu’il révélait une cinéaste habituée aux documentaires.

Solveig Anspach était née le 8 décembre 1960 en Islande, d’une mère islandaise et d’un père autrichien qui avait fui le nazisme. Les parents se sont rencontrés à Paris, et c’est en France que la jeune femme fera ses études, intégrant la Femis. A sa sortie de l’école de cinéma, elle consacre un docu Vestmannaeyjar aux îles Vestmann où elle est née, ou encore au conflit en Bosnie. 

Délicatesse

Suite à Haut les cœurs !, Solveig Anspach a tracé une filmographie dont la discrétion fut toute relative, et contrée par un respect réel de la critique. Ainsi de Back Soon (2007) avec Didda Jónsdóttir, qui se déroulait dans son île d’origine et de sa suite Queen of Montreuil (2013), avec Florence Loiret-Caille. Elle filme, pour France 3, les années de bagne de Louise Michel, avec Sylvie Testud dans le rôle de la révolutionnaire. A côté de ses œuvres de fiction, le documentaire était toujours là, comme une voie parallèle.

En janvier 2014, elle retrouvait Karin Viard pour Lulu femme nue, touchant portrait d’une mère au foyer mal dans ses baskets qui fait tout pour changer de vie. Le film attira 500 000 spectateurs en salles. En 2016 sortira son dernier film, l’Effet aquatique, dernier volet de la trilogie comique entamée avec Back Soon, avec Didda Jónsdóttir, Florence Loiret-Caille et Samir Guesmi.

Testud, Loiret-Caille, Viard… Solveig Anspach savait choisir ses actrices, les traitait avec délicatesse, comme des prolongements d’elle-même. A Cannes, en 1999, elle confiait d’ailleurs à Libé : «L’important, c’est la relation aux gens qu’on filme, que ce soit du documentaire ou de la fiction.»

Jean-Marie Le Pen : «En quatre ans, Marine ne s’est pas améliorée»

Jean-Marie Le Pen ne décolère pas. Dans une interview accordée au Journal du dimanche, le fondateur du Front national s’en est encore pris à l’actuelle présidente du parti d’extrême droite, sa fille Marine Le Pen, avec qui la guerre fait rage depuis maintenant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Il regrette notamment d’avoir voté pour elle lorsqu’elle a accédé à la présidence du FN, en 2011. «Ce choix s’est exercé il y a quatre ans entre deux candidats de valeur [Marine Le Pen et Bruno Gollnisch, ndlr]. J’ai choisi Marine Le Pen au bénéfice de l’âge et de la santé. En quatre ans, il faut bien dire la vérité, elle ne s’est pas améliorée.»

Menacé d’exclusion par le bureau exécutif du FN, qui l’a convoqué le 20 août, Jean-Marie Le Pen a décidé de lutter jusqu’au bout. Et donc de répondre à cette convocation. «Je ne vais pas faire le cadeau aux membres […] désignés par Marine Le Pen de pouvoir s’exprimer sans me regarder dans les yeux», s’amuse-t-il dans le JDD. Puis, moins déridé, il s’énerve lorsqu’on lui demande son avis en cas d’exclusion. «C’est comme sous la Terreur ! C’est 1793 ! Vous connaissez à l’avance les décisions du tribunal révolutionnaire ? Il est vrai que Saint-Just [comprendre Florian Philippot, vice-président du mouvement, ndlr] siège parmi les « juges » nommés par Marine Le Pen. Je suis victime d’une injustice majeure, non seulement moi, mais aussi le Front national. Donc je me battrai jusqu’à la victoire du droit, de la justice, de la légalité.»

En revanche, Jean-Marie Le Pen le dit sans hésiter : «Sans changement, je ne voterai pas pour Marine en 2017.» Et d’expliquer son choix. «Elle affiche l’ambition d’être un jour chef de l’Etat, mais elle n’en prend pas les moyens. Ni les moyens éthiques ni les moyens politiques. Elle scie la branche sur laquelle elle est assise, avec des procédés qui révulsent même ses adversaires.»

L’ancien président du Front national continue aussi de penser que Florian Philippot, qu’il qualifie de «mauvais génie» de sa fille, est pour beaucoup dans sa situation actuelle et celle du parti. Au point de suggérer qu’il pourrait rouler pour Nicolas Sarkozy. «C’est une des hypothèses. Il ne faut pas oublier que M. Philippot était au ministère de l’Intérieur.» Selon lui, «l’évolution nouvelle de la ligne du FN dégage […] un espace à la droite dure et cela favorise en effet Sarkozy. Lui, il entre dans la brèche. On connaît ses qualités de manœuvrier.»

Dr. Dre sort « Compton » : avec cet album, sa dernière consultation pourrait être historique

Dr. Dre et Ice Cube au CinemaCon 2015, au Caesars Palace à Las Vegas, le 23/04/15 (C.PIZZELLO/SIPA)

Voilà, c’est fini : trente ans après ses premiers pas dans le rap game avec NWA, le groupe de gangsta rap fondé par le regretté Eazy-E, Dr. Dre jette les gants et livre sa dernière consultation. Un album qui, contrairement à ce qu’ont pu écrire certains critiques un peu pressés, n’était pas très attendu, au contraire : la vérité, c’est que personne ne l’attendait plus. 16 ans qu’était sorti « 2001 », et presque aussi longtemps que l’on espérait la suite, ce mythique « D-Tox » annoncé chaque année, devenu le running gag rapologique de la West Coast.

Une stratégie militaire

Le perfectionnisme du docteur milliardaire était la cause officielle de cet aussi long silence. Explication officielle. Ice Cube, voilà quelques années, avait une autre analyse : « Entre sortir un album qui se vendra 10 dollars et fabriquer des casques audio qui se vendent à plusieurs centaines de dollars, vous choisiriez quoi ? », demandait le Cube à son intervieweur qui lui posait pour la millième fois la question sur « D-Tox », l’Arlésienne du gangsta rap.

Finalement, Dre l’a sorti, son album à 10 dollars. Enfin, 13 dollars 99 sur iTunes, la plateforme d’Apple sur laquelle l’album « Compton » est disponible depuis le 7 août, avant une sortie physique le 21 août. Une stratégie militaire, un blitzkrieg marketing qui débarque telle une lame de fond, quelques jours avant la sortie annoncée du biopic « Straight Outta Compton », 2h26 sur la saga du « groupe le plus dangereux du monde », NWA. Réalisé par F. Gary Gray avec Paul Giamatti dans le rôle du méchant manager blanc Jerry Heller (savoureux quand on se souvient qu’il était, voilà quelque semaines, le méchant manager/psychanalyste de Brian Wilson dans le biopic sur les Beach Boys, « Love And Mercy »).

My grand finale. #Comptonhttp://t.co/nbebhWfLqwhttps://t.co/DF0i2fqaQF

— Dr. Dre (@drdre) 2 Août 2015

Une nostalgie combative

L’album est donc là, 16 titres, du cinémascope ricain en son THX gangstérisé avec tous les anciens et tous les modernes. Sur « Loose Cannons », Dre fait plaisir aux OGs en rassemblant Xzibit et Cold 187um, rappeur du groupe californien Above The Law, que les amateurs de son west coast des années 1990 n’ont pas oublié. Section nouveaux, on retrouve le jeune prodige de Compton, Kendrick Lamar, sur trois titres, ainsi que les rookies Justus (3 titres), Anderson .Paak (6 titres) et King Mez (3 titres).

La nostalgie combative imbibe cet album. « Darkside/Gone » se souvient des premiers jours avec Eazy-E, samplé tel un rimeur d’outre-tombe. « Trente ans dans ce merdier et je suis toujours là, décennie après décennie, ça me paraît clair que je fais les choses bien, pas vrai mon Négro Eazy ? », clame Dre avant que ne tombent les mots du petit Eazy : « Eazy-E, CPT, OG from the other side ». « Ne dis jamais que j’ai de la chance, tu ne sais pas ce que tout ça m’a coûté », balance Dre avant le refrain sucré de Marsha Ambrosius, la chanteuse du duo Floetry.

Snoop Dogg, le complice des jours houleux de Death Row Records, rappe tendu sur des sons métalliques dans « One Shot One Kill », l’expression de ce que Dre, voilà 20 ans, prophétisait comme le son du futur : « Ghetto métal ».

Ice Cube, qui intervient sur « Issues » (un titre plutôt moyen), s’auto-cite et fait directement référence à son classique « It Was A Good Day » (« J’ai encaissé pas mal de chèques ce matin, je crois qu’on peut dire qu’aujourd’hui était une bonne journée »).

Couplet historique d’Eminem sur « Medicine Man »

Le gros morceau, et le plus attendu, est bien sûr « Medicine Man », sur lequel Eminem vient cracher un couplet historique, truffé de lyrics surréalistes et provocateurs (le pire ? « Je fais même jouir les bitches que je viole », qui devrait faire couler son quota d’encre féministe) délivrés avec une virtuosité et une urgence jamais démenties.

Toujours underground comme une marmotte, avec l’espoir que son esprit « hante le studio après ma mort, que mon image surgisse du poster pour flotter dans les halls et traverse les putains de murs comme le fantôme de Lou Rawls » (histoire de ne pas oublier qu’Em’ admire les grands soulmen, y compris les moins médiatisés comme Lou, disparu en janvier 2006).

Un testament qu’il faut disséquer

Après « Medicine Man », il reste le très personnel « Talking To My Diary ». C’est le grand cliché des albums de rap : de LIM à Dr. Dre en passant par Passi, Jay Z, Doc Gynéco et la majorité des lyricistes, le dernier titre du disque fend l’armure. Sur un tempo où tourbillonnent les violons et les percus, le docteur se retourne une dernière fois sur son histoire, se rassure (« Je suis fort financièrement, physiquement et mentalement, je suis à un nouveau niveau, et n’oublie pas que je viens du ghetto »), se fait sa ghetto psychanalyse.

Une conclusion idéale pour un disque que l’on va disséquer et sur-analyser (est-il meilleur que « 2001 »ou « The Chronic », ce genre de bêtise). Le testament d’un homme de 50 ans (soit 200 ans sur l’horloge biologique de ce monde sans pitié qu’est le hip-hop) qui tire sa révérence sur un solo de trompette et retourne dans son antre, avec ses milliards, ses disques d’or, ses projets et ses souvenirs.

Ne croyez pas tous ceux qui auront un avis définitif sur « Compton » deux heures après l’avoir écouté pour la première fois. Seul le temps dira si cet ultime projet vieillira comme un grand cru.

Et puis n’oublions pas que Dre peut toujours changer d’avis et nous ressortir un autre album le jour où il s’ennuiera trop à enquiller les meetings avec les businessmen d’Apple. Gangsta un jour…

De la Sorbonne au cimetière du Montparnasse: le Paris de Sartre et Beauvoir

Les éditions Alexandrines consacrent une collection au Paris des écrivains. Après Cocteau, Dumas, Duras, Prévert et Modiano, c’est désormais le Paris de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir qui est conté par Pascale Fautrier. Itinéraire.

1. La Sorbonne

La première rencontre entre Sartre et Beauvoir a lieu dans un amphithéâtre de la Sorbonne, en 1929, lors d’un cours du philosophe Léon Brunschvicg. Beauvoir y tient un discours, Sartre est dans l’auditoire.

Son condisciple René Maheu le pousse du coude : la drôle de voix rauque d’une jeune femme brune aux yeux bleus retentit dans l’amphithéâtre Richelieu. «Sympathique, jolie, mal habillée»: tranche le «petit homme». (…)

«J’étais absolument décidé à faire sa connaissance, avouera Sartre plus tard. Je l’ai toujours trouvée belle, quoiqu’elle portât un hideux petit chapeau quand je l’ai rencontrée la première fois»

2. La Cité internationale

Quelques mois passent. Il l’invite à venir dans sa chambre d’étudiant à la Cité internationale, au sud de Paris, pour «plancher sur Leibniz», sujet de mémoire de la jeune femme.

Pour elle, dans le trio que Sartre formait alors avec Paul Nizan et René Maheu, il était clairement «le plus laid» et «le plus terrible des trois». Le Castor – surnom dont l’avait affublée Maheu, beaver signifiant castor en anglais – raconte cet après-midi dans son journal intime:

C’est alors que tout a commencé. Le Lama [Maheu] est venu me chercher et l’AE [le tramway] nous a conduits à la Cité universitaire. Timidité.

Sartre m’accueille poliment mais m’intimide. Je les revois, si intensément : le Lama en bras de chemise, à demi étendu sur le lit, Sartre assis en face de moi devant la table, et toute cette chambre, ce beau désordre, les livres, ma surprise, l’odeur du tabac…

J’explique Leibniz ; l’après-midi les voici, assis près du parc Montsouris dans ce café où si souvent le matin nous avons pris quelque chose, et irons, nous acheminant ensemble vers la chambre. Le soir Sartre nous accompagne par ce boulevard Jourdan aux sinistres baraques de bois. Nous tirelotons du sucre et je gagne. Retour délicieux par l’avenue du Maine…

3. Le Jardin des Tuileries

Attachés à leur liberté, souhaitant rompre avec la conception traditionnelle du mariage, ils inventent leur propre notion de la vie à deux, dans une vision qui préfigure l’explosion libertaire de mai 68. Leur fameux «pacte», ils le scellent un après-midi de juin 1929, au jardin des Tuileries. Simone de Beauvoir rapporte la scène dans ses mémoires:

Nous nous sommes assis sur un banc de pierre, accoté à une des ailes du Louvre ; il y avait en guise de dossier une balustrade séparée du mur par un étroit espace : dans cette cage un chat miaulait, comment s’y était-il glissé ? (…)

C’est à ce moment-là que Sartre a proposé : «Signons un bail de deux ans.» (…) Les libertés que nous nous étions théoriquement concédées, il n’était pas question d’en user pendant la durée de ce «bail», nous entendions nous donner sans réticence et sans partage à la nouveauté de notre histoire.

Sartre et Beauvoir en 1940 (©Lido/SIPA)

4- Le Bec de Gaz

En janvier 1933, au café Bec de Gaz à Montparnasse, le «couple» boit un verre avec Raymond Aron de passage à Paris. Celui qui n’est encore qu’un simple pensionnaire de l’Institut Français à Berlin confie à Sartre : «Tu vois, mon petit camarade, si tu es phénoménologue, tu peux parler de ce verre, et c’est de la philosophie !».

C’est une révélation pour lui. Il étudie Husserl et Heidegger, se plonge aussitôt dans ce «retour aux choses mêmes», cette «expérience pure du «vécu». Au point d’accepter d’expérimenter une nouvelle drogue, la mescaline, lorsqu’un ami psychiatre lui propose. Pendant des mois, il sera «poursuivi partout par des crabes et langoustes». Sartre dérive. Beauvoir ne supporte pas de le voir dans un tel état. Le bail de deux ans s’est terminé, et elle craint que leur histoire ne se finisse avec.

Ne parvenant plus à contrôler ses émotions, elle s’effondre à intervalles réguliers, généralement en public, au café, larmoyante puis spectaculairement secouée par des sanglots bruyants et irrépressibles. Finalement, elle tombe physiquement si malade qu’elle est hospitalisée.

5. Le lycée Molière

De 1936 à 1939, Simone de Beauvoir enseigne la philosophie au lycée Molière, dans le XVIe arrondissement, rue du Ranelagh. C’est une prof assez sévère, qui n’enseigne que pour les têtes de classe, sans dissimuler un certain mépris pour les autres. Elle entretient des rapports amicaux avec ses élèves les plus brillantes. Notamment Bianca Bienenfeld (qui se trouve être la cousine de Perec).

Pendant l’année 1938, les deux femmes se voient et échangent des lettres. Elles se voient hors du lycée pour la première fois dans un café de la rue de Rennes. Elles marchent dans Paris, allant aux puces, à Montmartre, et se retrouvant dans un hôtel de la rue de Cels.

Quand Bianca a passé son bac, Beauvoir l’invite à aller randonner dans le Morvan. Bianca écrira dans ses «Mémoires»:

C’est au cours de ce voyage que nous avons commencé, encore timidement, à avoir des relations physiques.

Quelques temps plus tard, Sartre entreprend de se mêler de l’histoire. Dans un hôtel, il dit à la jeune femme: «La femme de chambre va être bien éton­née, car hier j’ai déjà pris la virgi­nité d’une jeune fille.» Elle trouve Sartre mauvais amant, froid, «inca­pable de se lais­ser aller physique­ment». (Sartre lui-même dira : « J’étais plus un masturbateur de femmes qu’un coïteur. »)

Beauvoir et elle finiront par former un trouple, un peu sur le modèle de celui, plus célèbre, que les deux philosophes avaient formé quelques années auparavant avec Olga Kosakievicz.

L’affaire se passe assez mal, en vérité. La jeune fille est malheureuse. Elle se sent «prisonnière du trio» et souffre de leur«perversité». En réalité, Beauvoir a beaucoup d’autres partenaires dans ces années 1939-40. La jeune femme se fait larguer en 1940, en deux temps. Sartre, mobilisé, lui envoie d’abord une lettre depuis le front. Puis Beauvoir lui annonce un peu plus tard qu’elle préfère les hommes. On est en pleine Occupation. Bianca Bienenfeld, qui prendra le nom de Lamblin, est juive. Elle se retrouve seule. Elle leur en voudra longtemps de l’avoir abandonnée au moment où elle avait le plus besoin d’eux.

Beauvoir dira plus tard dans une lettre avoir eu des remords à ce propos. Bianca Lamblin et elle, après la guerre, redeviennent amies. En 1990, après la mort de Simone, Bianca découvre les «Lettres à Sartre», où elle est nommée Louise Védrine. Elle apprend que Beauvoir se moquait d’elle, la jugeait «pathétique», ou disait des choses comme: «Je vais encore vous couler Védrine.» Dans les «Mémoires» qu’elle publie ensuite, Bianca Lamblin écrit : «Sartre et Simone de Beauvoir ne m’ont fait, finalement, que du mal.»

6. Le café de Flore

Pendant la guerre, Sartre, Beauvoir et leur «famille» – leur cercle d’amis proche – font du Café de Flore, à Saint-Germain-des-Prés, leur quartier général. L’établissement se trouve tout près de Gallimard, leur maison d’édition commune. Jean-Paul Sartre écrit :

Nous nous y installâmes complètement : de neuf heures du matin à midi, nous y travaillions, nous allions déjeuner, à deux heures nous y revenions et nous causions alors avec des amis que nous rencontrions jusqu’à huit heures.

Après dîner, nous recevions les gens à qui nous avions donné rendez-vous. Cela peut vous sembler bizarre, mais nous étions au

Flore chez nous. C’était alors une très curieuse atmosphère. Le Flore était un monde fermé où nous vivions entre nous. «Nous», c’était les littéraires ; Robert Desnos y avait sa table, des peintes, des artistes, Simone de Beauvoir, moi. »

Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir accompagnés de Boris et Michelle Vian, à Saint-Germain-des-Prés, en 1949. (© Manciet/SIPA)

Le Flore est un café d’écrivains depuis son ouverture, dans les années 1880. Huysmans, Maurras, Apollinaire, Breton, Aragon, Bataille, Queneau, Leiris s’y sont succédé. Sartre et Beauvoir lui donnent une nouvelle vie littéraire. Cioran, Ionesco et Fondane fréquenteront le lieu, un peu plus tard. Cioran n’adressera jamais la parole à Sartre, qu’il n’aime pas. Le Roumain prophétise: «Son oeuvre ne restera pas. Sa gueule, oui.»

Au Flore, Simone de Beauvoir terminera «l’Invitée», tandis que Sartre y écrira «l’Être et le Néant», sa grande œuvre existentialiste. En 1943, les deux publications consacreront le couple d’écrivains, les faisant entrer dans la scène médiatique. Une gloire pourtant «ambiguë», explique Pascale Fautrier:

En un sens, le malentendu est total entre l’image véhiculée et la réalité des vies. Beauvoir journellement brocardée dans la presse en «grande sartreuse» et en «Notre-Dame de Sartre», n’est ni une égérie soumise, ni une disciple laborieuse, ni une matrone autoritaire. Il est frappant de voir à quel point ces pauvres caricatures continuent à circuler et trahissent un terrible manque d’imagination.

L’un et l’autre mènent chacun une vie amoureuse séparée, qu’ils se racontent en détails dans leurs Lettres: on peut en juger sur pièce puisqu’elles ont donné lieu à des publications posthumes.

Le quartier de Saint-Germain-des-Prés devient le lieu de l’existentialisme sartro-beauvoirien, concept alors si populaire qu’il sera autant une doctrine philosophique qu’un mode de vie et un style vestimentaire, comme le chantait Stéphane Golmann :

Pantalons noirs et souliers plats / De l’écossais pas de falbala / Elle a le regard fataliste / La petite existentialiste.

7. 42, rue Bonaparte

Engagé en faveur de la décolonisation, Sartre subira les pressions de l’OAS. À deux reprises, le 17 juillet et le 7 janvier 1962, son appartement du 42, rue Bonaparte, à Saint-Germain-des-Prés, est plastiqué. Des documents sont subtilisés, notamment des lettres et des manuscrits. Il sera contraint de se cacher et déménagera à quelques rues de là, au 22 boulevard Raspail:

C’est là que, sur l’épaisse planche de bois qui lui sert de bureau, couverte de livres et de manuscrits, et d’où il voit la Tour Eiffel, il rédige, le 14 octobre 1964, sa lettre de refus du Prix Nobel de Littérature.

Sartre et Beauvoir ne vivront jamais sous le même toit: au plus près, ils occuperont chacune une chambre à l’hôtel Lousiane, rue de Seine, en 1943, aux côtés notamment de la chanteuse Juliette Gréco. L’établissement deviendra légendaire par la suite après que les jazzmens de passage à Paris en aient fait leur résidence de prédilection dans l’après-guerre. Les membres des Pink Floyd ainsi que Jim Morrison y seront également résidents dans les années 70.

Au cours de leur vie, Sartre et Beauvoir multiplieront les déménagements, demeurants le plus souvent à Saint-Germain-des-Prés, éloignés de quelques rues.

8. 14, rue de Bretagne

Le 6 décembre 1972, Sartre, Michel Foucault, Serge July et une dizaine d’autres sont au 14, rue de Bretagne, dans les locaux de l’Agence de presse Libération, fondée par Jean-Claude Vernier et Maurice Clavel. Il s’agit de la première réunion préparatoire à «Libération». Si Foucault parle beaucoup, Sartre ne dit presque rien, sinon : «Lorsqu’on me demandera des articles, je les ferai.»

Depuis 1950, le philosophe engagé s’est beaucoup exprimé sur l’actualité, dans sa revue «les Temps modernes», dans «le Nouvel Observateur», dans «France-Soir». Il a prêté son nom à des journaux maoïstes pour les protéger de la fermeture. Le 18 avril 1973, le premier numéro de «Libération» sort. Sartre et Jean-Claude Vernier sont directeurs. Ils démissionnent un an plus tard.

9. Cimetière du Montparnasse

Simone de Beauvoir lors de l’enterrement de Jean-Paul Sartre au cimetière Montparnasse, le 19 avril 1980. (©Ginies/SIPA)

Le 15 avril, Jean-Paul Sartre meurt à l’hôpital Broussais, dans le 14e arrondissement de Paris, où il avait été admis en urgence quelques semaines plus tôt. Il a 74 ans. Pascale Fautrier était présente à son enterrement :

Le samedi 19 avril 1980, de cela je peux témoigner parce que j’y étais, son enterrement fut absolument la «dernière grande manif» des années 70. La foule ; au fond, était d’accord avec celui qui venait de mourir pour garder espoir. L’élection de François Mitterrand un an plus tard en serait la démonstration (…).

J’avais quinze ans et j’ai suivi avec une amie de lycée l’immense cortège, qui menait Sartre de son dernier studio à sa dernière demeure, comme on dit, dans le cimetière Montparnasse. Perchée au-dessus de la tombe, et ignorante encore de son œuvre, j’ai vu Beauvoir les yeux fixés sur le cercueil et effondrée, François Périer, «l’irrécupérable» Hugo des «Mains sales», pleurer ; j’ai jeté dans le caveau , une rose rouge entourée du Libération du jour.

Simone de Beauvoir meurt à son tour en 1986. Elle est inhumée elle aussi au cimetière du Montparnasse. A côté de Sartre.

Laura Daniel

Le Paris de Sartre et Beauvoir

par Pascale Fautrier

Editions Alexandrines, 7,90 euros, juin 2015.

Mondiaux de natation : Florent Manaudou champion du 50 m nage libre

Florent Manaudou est devenu champion du monde du 50 m nage libre, en s’imposant en 21 sec 19/100 en finale des Mondiaux 2015 de natation, samedi à Kazan (Russie). Le Français, qui collectionne désormais tous les titres possibles sur cette distance en nage libre, a devancé l’Américain Nathan Adrian, 2e en 21 sec 52/100, et le Brésilien Bruno Fratus, 3e en 21 sec 55/100.

 «Pour tout vous dire, je n’étais pas très rassuré après les demies d’hier, mais j’ai fait un bon « start ». Ce n’est que du bonheur aujourd’hui», a-t-il commenté au micro de France 2. «On se connait bien avec Nathan il y a eu un bon jeu d’intox en chambre d’appel», a-t-il expliqué alors que le champion olympique a tardé à monter sur le plot de départ.

Manaudou décroche son troisième titre en Russie, après avoir commencé sa semaine avec le titre sur le relais 4×100 m libre messieurs avec Fabien Gilot, Mehdy Metella et Jérémy Stravius, puis son premier or individuel mondial sur le 50 m papillon non olympique. Mais c’est bien pour le titre sur l’aller simple en libre que le nageur bleu avait fait le déplacement dans le Tatarstan. Mis au défi en demi-finales par l’Américain Nathan Adrian (21.37, meilleur temps), Manaudou a répondu présent en finale, en signant le temps le plus rapide sans combinaison.

Le champion du monde de la spécialité, le Brésilien Cesar Cielo avait quitté Kazan en milieu de semaine, en raison d’une blessure à l’épaule gauche, les premiers examens ont révélé une lésion du tendon. Le Russe Vladimir Morozov, dauphin de Cielo à Barcelone il y a deux ans, a pris la 4place à un centième du podium (21.56).

Florent Manaudou : «J’ai prouvé que j’avais des nerfs solides»

Fini le «tout doux» Manaudou, son surnom lors de son entrée au Cercle des nageurs de Marseille en 2011 et qui reste son pseudo Facebook. Place au Hulk de Kazan, et en mode vert, s’il vous plaît. La parole pour commencer à Nathan Adrian, son dauphin, cou de taureau, des dents qui brillent par centaine quand il sourit façon US, et la résignation désormais inscrite dans les tripes: «Pfff, que dire ? C’est un phénomène, et je pense qu’il peut aller encore bien plus vite.»

Ne minimisons pas le rôle du golden boy Adrian, il a déclenché la colère de Manaudou en claquant vendredi le meilleur temps des demies. Son pote phocéen Mehdy Metella, 5e de la finale du 100 m papillon, raconte la veille de course, au coin du feu de l’hôtel Relita : «Florent avait le deuxième temps, c’est quelqu’un de persévérant, il n’aime pas perdre. Je lui ai demandé s’il était énervé. Il m’a dit : « Oui »

La clé d’un succès est parfois aussi simple qu’un dialogue entre Manaudou et Metella. Romain Barnier, le coach, enchaîne : «Je l’ai rarement vu aussi nerveux que ça. Toute la décontraction accumulée en début de semaine a cédé la place à de l’anxiété, en deux jours il a pris quelques rides. Il a passé une mauvaise nuit. J’ai bien apprécié le coup de pied aux fesses donné par Nathan Adrian hier, il avait besoin de ça pour faire une belle performance. Ce temps d’Adrian (21’’37), il l’a déjà fait, il était surtout très insatisfait de ses propres défauts. Cela n’a pas été des Mondiaux faciles, il a mérité ses titres, cela a encore plus de saveur.»

«Le sentiment du devoir accompli»

Le petit frère de Laure, déjà un peu perturbé par le départ mercredi de son rival César Cielo (champion du monde du 50 m en 2009, 2011 et 2013), le reconnaît : «Ça m’avait un peu énervé de voir Nathan (Adrian) nager 51’’3 hier, je n’étais pas très serein avant cette finale. Je me suis posé beaucoup de questions, à me demander pourquoi je n’avais pas réussi un bon start en demie, pourquoi je ne suis pas devant aux 15 m comme d’habitude. J’ai rectifié le tir. Avec le meilleur temps de toute l’histoire en textile, j’ai prouvé que j’avais les nerfs solides.»

Redevenu un Bruce Banner paisible dans la touffeur de la zone mixte, il poursuit : «J’ai le sentiment du devoir accompli. J’étais venu pour gagner ce 50, et uniquement ce 50. J’ai eu la bonne surprise d’être en forme pour remporter le 4×100 m avec les copains, et le 50 m papillon. Je pourrais nager encore plus vite. Mon temps, c’est le mieux que je pouvais faire aujourd’hui, il me manquait un peu de jambes, mais c’est de bon augure pour l’an prochain. Je sais que je ne fais pas une course parfaite. C’est possible de nager sous les 21 secondes, mais dans une grande finale, ça me paraît compliqué.»

Il envoie bouler le tsar Alexandre Popov, qui nous disait perfidement, jeudi, à propos de son premier titre mondial en individuel : «Ce n’est pas une discipline olympique, le 50 m papillon, si ?» Il efface la déception de Barcelone, en 2013, «cette 5place sur une distance où je suis champion olympique. Certes il y avait les histoires de courant [à cause de turbines, certains nageurs dans les couloirs extérieurs ont été favorisés, ndlr], mais je fais une finale nulle. Cela fait une médaille de plus dans la collection, il y en a une qui est au coffre, l’or olympique. Je ne les regarde pas trop, je veux en gagner encore d’autres.»

Il arrêtera sans doute après Rio, s’il remporte un second titre aux Jeux. Mais, qui sait ? Il trouvera peut-être d’autres barrières à éclater. Coach Barnier le voit bien déposséder le Brésilien Cielo de son record du monde (20’’91) mâtiné de polyuréthane : «Il y avait trop de décontraction lors des séries du 50 m, aujourd’hui, il était trop tendu. J’imagine que lorsqu’il trouvera le juste milieu, il fera encore un meilleur temps. L’année prochaine, ça repart de zéro. Il y a un niveau de talent, un niveau de maîtrise, et une envie particulière. Maintenant, s’il continue d’y mettre autant de désir et de travail, voire plus, il sera dur à battre à Rio. Il a la planète aux fesses.» C’est le cas de le dire. Dans l’eau, l’adversité connaît bien les pieds de Manaudou, mais beaucoup moins son visage.  

Le restaurant, invention des Lumières

Le temps n’est pas si lointain où le mot «restaurant» signifiait simplement «fortifiant», au sens propre ou figuré. En 1775, dans «L’Histoire de Jenni» ou «l’Athée et le Sage», Voltaire écrit: «Le père tout tremblant le fait reposer. On lui fait prendre des restaurants». Mais, depuis quelque temps, le mot servait surtout à désigner le bouillon de bœuf servi dans des échoppes – sans viande, car au temps des corporations celle-ci était réservée aux aubergistes et aux traiteurs. Et, à l’époque où Voltaire écrit son texte, les premiers restaurants au sens moderne du terme avaient ouvert à Paris.

Dans un ouvrage très documenté intitulé «Paris démoli», publié en 1853 par l’homme de lettres Édouard Fournier, on lit:

Tout près de là, dans la rue des Poulies [au début de l’actuelle rue du Louvre], s’ouvrit, en 1765, le premier Restaurant, qui fut ensuite transféré à l’hôtel d’Aligre. C’était un établissement de bouillon, où il n’était pas permis de servir de ragoût, comme chez les traiteurs, mais où l’on donnait “des volailles au gros sel, des œufs frais et cela sans nappe, sur de petites tables de marbre”.

Boulanger, le maître de céans, avait pris pour devise ce passage de l’Évangile: Venite ad me omnes qui stomacho laboratis, et ego vos restaurabo(1) ; de ce dernier mot vint le nom de Restaurant gardé par la maison de Boulanger, et pris ensuite par tous ceux qui l’imitèrent. La maîtresse du lieu était jolie, et la chalandise y gagna. Diderot y vint comme les autres. Il écrit, le 19 septembre 1767, à Mlle Volland :

Mardi, depuis sept heures et demie jusqu’à deux ou trois heures, au Salon, ensuite dîner chez la belle restauratrice de la rue des Poulies.

Curieusement, cette origine fait l’objet de discussions passionnées chez les historiens. L’Américaine Margaret Visser pense avoir démontré que le premier restaurant fut en fait établi l’année suivante par un étrange personnage, Mathurin Roze de Chantoiseau. Celui-ci a publié en 1769 une sorte d’annuaire des «pages jaunes» avant la lettre, un almanach des corps de métiers de Paris, avec leur adresse, commentaire à l’appui. Paru sous le nom de Chantoiseau, l’almanach fait l’éloge d’un certain M. Roze – lui-même – qu’il présente comme l’inventeur du premier restaurant. Où ? À l’hôtel d’Aligre, rue Saint-Honoré, justement là où Boulanger aurait déménagé.

Son exemple (ou celui de Boulanger ?) a été suivi par un certain Jean-François Vacossin, rue de Grenelle, qui aurait placé au fronton de son établissement la formule en latin dont la paternité revient selon Édouard Fournier au Boulanger de la rue des Poulies. Si Diderot est venu chez Boulanger, Rousseau, lui, s’est attablé chez Vacossin, en 1776 ou 1777, en compagnie de Thérèse, du restaurateur et de sa famille. Il a été choqué par l’une des innovations de ce nouveau commerce: alors qu’auparavant n’existaient que des tables d’hôte à menu et prix fixes, où l’on ne choisissait pas ses voisins, il lui fallut payer la note pour les plats qu’il avait choisis.

Dans son livre, Margaret Visser s’en prend surtout à un mythe tenace, selon lequel le restaurant a été inventé pendant la Révolution par les cuisiniers d’aristocrates exilés ou guillotinés, qui auraient ainsi trouvé à s’employer. En 1791, Méot, ancien boucher de la maison de Condé, ouvrit ainsi rue de Valois un restaurant qui fut apprécié de Robespierre et de Saint-Just. Mais le mythe n’était pas si répandu, comme l’atteste le témoignage d’Édouard Fournier, d’ailleurs cité largement dans le Littré. Et nul n’ignorait que d’autres restaurants célèbres avaient ouvert avant la Révolution, tel le Beauvilliers, installé en 1782 ou 1783 au Palais-Royal par le restaurateur de ce nom. Lequel publiera en 1814 un fameux Art du cuisinier, en deux volumes.

Jean-Louis de Montesquiou

1. «Venez à moi, vous dont l’estomac souffre, et je vous restaurerai.» Extrait quelque peu détourné de l’Évangile selon saint Matthieu («Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et ployez sous le fardeau, et je vous soulagerai»).

Article tiré du numéro d’été du magazine « BoOks », consacré à la gastronomie.

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