Mois : octobre 2015

DSK, union de la gauche, climatosceptiques et Israël-Palestine : le point sur l’actualité

DSK. Après les affaires du Carlton et du Sofitel, DSK est cette-fois ci mêlé à une affaire financière : le parquet de Paris a ouvert en juillet dernier une enquête préliminaire pour escroquerie et abus de biens sociaux visant notamment Dominique Strauss-Kahn. LSK, le groupe qu’il présidait au Luxembourg, a laissé une ardoise de 100 millions d’euros avant de faire faillite. Deux créanciers ont porté plainte.

Balkany. Et une de plus. Le maire de Levallois-Perret (LR) a été mis examen hier cette fois pour fraude fiscale, dans l’enquête sur le patrimoine de son couple, notamment des villas à Saint-Martin aux Antilles et à Marrakech.

Union de la gauche. Le référendum pour l’union de la gauche aux élections régionales est organisé à partir d’aujourd’hui par le PS. Un parti politique qui consulte le peuple, c’est plutôt bien, sauf que ur le terrain, c’est un peu plus compliqué.

Le Drian. Le ministre de la Défense va confirmer aujourd’hui qu’il est tête de liste régionale en Bretagne, sans toutefois quitter son poste. Mais ce qui se passera après les élections de décembre s’il l’emporte ?

Retraites complémentaires. Syndicats et organisations patronales se réunissent aujourd’hui pour une énième sixième séance de négociation sur l’avenir financier des régimes de retraites complémentaires Agirc (cadres) et Arrco (tous les salariés du privé), très déficitaires

Climatosceptiques. «On ne sait pas ce qui va se passer entre un mois et trente ans.» : à l’instar du Monsieur météo de France 2, certains climatosceptiques sortent du bois avant la COP 21. Une bonne raison pour les envoyer en désintox.

Israël-Palestine. L’histoire d’Ahmad, un ado qui a attaqué à Jérusalem un jeune juif au couteau lundi avant d’être blessé par balles, est exploitée par les deux camps. Les groupes palestiniens appellent aujourd’hui à un «vendredi de la révolution», des manifestations sont prévues en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

« Si on s’en tenait à Renoir, les arbres ne seraient que des gribouillis »

Ils sont remontés, mais contre quelque chose de plutôt surprenant : Pierre-Auguste Renoir. L’auteur du « Déjeuner des Canotiers » ou du « Bal du Moulin de la Galette ». Qui ne doit plus vraiment embêter personne vu qu’il est mort en 1919. Toujours est-il que le compte Instagram @renoir_sucks_at_painting (Renoir est nul en peinture) estime que le peintre impressionniste est un terrible artiste et que ses oeuvres devraient même être retirées des musées.

Le mouvement, mené par un certain Max Geller, est même allé jusqu’à manifester il y a une semaine devant le Museum of Fine Arts de Boston – qui expose le fameux « Danse à Bougival ». La poignée de contestataires avait même confectionné des panneaux avec les messages suivants : « Terrorisme esthétique », « Retirez-les ! Renoir est nul ! » ou « Dieu déteste Renoir » (en toute simplicité).

Max Geller a initié « Renoir sucks at painting » après une visite à la Barnes Foundation à Philadelphie, qui comprend une large collection de tableaux du maître. Interrogé par le « Guardian » sur cette haine démesurée, Max Geller a répliqué :

Pourquoi tant de gens pensent qu’il est bon ? Vous avez regardé ses tableaux ? » Et : « Dans la vie réelle, les arbres sont magnifiques. Si on s’en tenait à Renoir, les arbres ne seraient que des gribouillis verts ».

Sur @renoir_sucks_at_painting, on trouve des photos de Geller et de ses acolytes faisant des gestes de dégoût devant les tableaux du maître. Plus drôle, des détails des tableaux sont commentés avec colère. Visages étranges, membres déformés, proportions problématiques, couleurs : tout est passé à la moulinette. On en éclaterait de rire : « Qu’est-ce qui est arrivé à son putain de bras ? Elle est mutilée ! Entourée de #végérationpourrissante. Sommes-nous les seuls à avoir de la compassion ? », « BON DIEU ! Pourquoi ce bébé est en enfer ? » ou « Portrait d’un enfant mangeant sa propre tête ».

This is scoundrel-level #aestheticterrorism. Turn down your phone’s brightness. Deeply troubling. Look at her face, clearly wincing from a phantom pain in her lopped-off left arm. What happened to her fucking arm? She’s mutilated! Surrounded by #rottingvegetation. Are we the only ones with any compassion? #renoirsucksatpainting

Une photo publiée par Renoir Sucks At Painting (@renoir_sucks_at_painting) le 13 Oct. 2015 à 11h36 PDT

GOOD GOD! Why is this baby in Hell? #renoirsucksatpainting #sharpie_eyes #rosacea

Une photo publiée par Renoir Sucks At Painting (@renoir_sucks_at_painting) le 26 Sept. 2015 à 11h16 PDT

Portrait of child consuming a chunk of its own scalp. (L’enfant se mange la tête). #renoirsucksatpainting

Une photo publiée par Renoir Sucks At Painting (@renoir_sucks_at_painting) le 10 Sept. 2015 à 7h41 PDT

Encore un :

Regardez ce vide entre sa main et la cuillère, gardez à l’esprit que cette abomination est dans un musée, et vous allez commencer à avoir des visions de l’Archange et de l’Apocalypse. Et ce n’est même pas la partie la plus troublante des mains de Cthulhu de cette mutante désarticulée. REGARDEZ SON PUTAIN DE PETIT DOIGT. »

If you stare into the void of her dead #sharpie_eyes, you feel, as usual, nothing. But stare in the void between her hand and the spoon, keeping in mind this abomination hangs in a museum, and you start to get visions of the #archangel and the #apocalypse. And that’s not even the most unsettling part of this boneless #renoir #mutant’s #cthulhu hands. LOOK AT HER FUCKING PINKIE. Just. Look. At. It. #renoirsucksatpainting

Une photo publiée par Renoir Sucks At Painting (@renoir_sucks_at_painting) le 23 Août 2015 à 15h36 PDT

Plus de 9.000 personnes se sont abonnées au compte Instagram, mais une en particulier a été touchée : Genevieve Renoir, qui se présente comme une descendante du peintre. Sur une photo, elle a posté le commentaire suivant :

Quand votre arrière-arrière-grand-père peindra quelque chose qui vaut 78,1 millions de dollars […], vous pourrez critiquer. En attendant, on peut dire que le marché a parlé et que Renoir n’était pas nul en peinture. »

Geller a répondu sur l’appli : « Je pense que c’est l’un des arguments les plus absurdes et insensés, l’idée que nous devons laisser le marché dicter la qualité ». Il a ensuite listé pour Geneviève Renoir des choses « déclenchées par le marché », parmi lesquelles, selon lui, le changement climatique, l’esclavage, le colonialisme, la destruction de l’habitat des loutres, l’évisceration du prolétariat ou les pubs TV.

On ne sait pas si la démarche de Max Geller relève du happening, de la performance, ou s’il est juste très ironique. Ou s’il a quelque chose à promouvoir avec ce compte. Genevieve Renoir s’est elle fait son idée :

Je pense que Max Geller pourrait être en fait le plus grand fan de Renoir et il a juste une façon très marrante de le montrer. Il a vraiment l’air ému par les [peintures] et je pense que c’est le but de l’art. »

A.S.

Des marionnettes traditionnelles chinoises au Festival de l’Imaginaire

Des costumes de soie aux couleurs éclatantes et richement brodés, des figurines fines ou grotesques d’une fascinante expressivité quand elles sont en mouvement : les marionnettes à fils manipulées par les membres de la troupe taïwanaise Jin Fei Feng procèdent d’une tradition chinoise vieille de plus de 2.000 ans et transposée à Taïwan lors des grandes migrations sur l’île aux XVIIe et XVIII siècles.

Spectacles et attractions de la Chine ancienne

Hsueh Ying-Yuan, le père ; Chang Hsueh-Hsiang, la mère ; Hsueh Wan-Yu et Hsueh Yung-Chu, leurs filles, ainsi que Hsueh Yi-Yang, leur fils, constituent le noyau dur de la troupe Jin Fei Feng. A l’exception de Yung-Chu qui les accompagne au luth, tous manipulent les marionnettes : un travail d’une extrême virtuosité où l’on évoque, en famille et en musique, des héros et des divinités lors de représentations données devant les temples, ou alors des scènes de la vie quotidienne au cours de spectacles donnés dans les théâtres.

La vie quotidienne, elle déferle lors de cette « Promenade à la Fête des Lanternes » représentée à Paris au théâtre du Musée du Quai Branly, dans le cadre du Festival de l’Imaginaire porté par la Maison des Cultures du Monde. Y sont figurés spectacles et attractions qui aujourd’hui encore attirent les Chinois durant cette journée des plus festives qui achève les manifestations du Nouvel An chinois. Et l’argument du spectacle qui met en scène un couple de comédie n’est en fait qu’un prétexte pour donner à voir défiler toute la richesse des fêtes populaires chinoises.

Quatre générations de marionnettistes

La famille Hsueh, on l’a rencontrée au sein du parc culturel de Soulangh, non loin de Kaoshiung, la mégapole située au sud de Taïwan et dotée de l’un des plus grands ports du monde. Dans ce site aménagé à l’emplacement d’une raffinerie sucrière au temps où il y avait encore sur l’île de vastes étendues pour cultiver la canne à sucre, à l’abri d’un bâtiment de la défunte manufacture aujourd’hui transformé en salle d’exposition, la famille a aménagé le castelet de couleurs vives sur lequel les idéogrammes annoncent : Théâtre de marionnettes à fils Chin Fei Feng.

Fondée en 1920 par le grand-père paternel de Hsueh Yi-Yang, Hsueh Pu, la troupe aura bientôt cent ans et a déjà embrigadé quatre générations de la famille. Avec une innovation de taille : dans l’histoire des marionnettes à fils de Taïwan, un art jusque là dévolu exclusivement aux hommes, Chang Hsueh-Hsiang a été la première femme à manipuler les petites créatures qui enchantent encore le public chinois. C’était à la demande de son époux et ce fut, avoue cette pionnière, une bien rude épreuve pour une femme que d’affronter le public et de s’affirmer comme artiste.

Confectionnées en Chine, dans le Fujian

Dans la troupe, s’ils sont quatre à faire vivre les marionnettes, seuls les parents font entendre leur voix. Des voix qu’ils sont conduits à moduler de mille façons tant les personnages de leur théâtre sont nombreux. « A chaque caractère correspond une voix, souligne Madame Chang, et le spectateur doit pouvoir identifier aussitôt un personnage dès que l’on parle pour lui. Aussi, pour enrichir notre répertoire, et à chaque création de nouveau spectacle, sommes nous amenés à inventer différentes façons de parler, de nouvelles voix, d’autres intonations ».

Les marionnettes ont été confectionnées en Chine continentale, celle tenue par le parti communiste. En République de Chine, c’est à dire à Taïwan, ce travail est infiniment trop coûteux et d’ailleurs en ce domaine les artisans sont rares. Aussi Monsieur Hsueng doit-il traverser le détroit qui sépare les deux Chines pour faire exécuter de nouveaux personnages dans le Fujian, la province d’où sont venus d’ailleurs de nombreux ancêtres des Taïwanais, à l’époque des Ming et des Qing.

Faites de bois dur, mesurant près de 65 centimètres, dotées de membres articulés, de doigts mobiles, d’un menton qui lui aussi se met en mouvement, les figurines sont quasi éternelles. Bien entretenus, mais évidemment plus fragiles, leurs costumes de soie chatoyante peuvent avoir une durée de vie de vingt années. Ce qui est beaucoup, car ces petits personnages, animés par des fils dont le nombre court de seize à vingt-deux et qui les rendent infiniment expressifs et mobiles, ces petits personnages sont infiniment sollicités. Ils ne connaissent pas les temps creux de nos intermittents du spectacle.

Devant les temples ou à l’école

La troupe Jin Fei Feng se produit en moyenne 200 fois par an. Et pour trois types de manifestations bien définis : à l’occasion de cérémonies religieuses devant les temples, dans les théâtres éparpillés sur l’île, dans les écoles enfin, car ce patrimoine artistique exceptionnel est reconnu comme tel par les autorités taïwanaises. Elles subventionnent, modestement, la troupe, et celle-ci assure des matinées scolaires pour maintenir vivante cette tradition antique aux yeux des nouvelles générations.

« Malgré la concurrence de la télévision, de la vidéo, du cinéma, des dessins animés, une concurrence très rude évidemment, souligne Hsueh Ying-Yuan, la demande du public reste forte. A Taipei, où nous donnons une trentaine de représentations par an, les salles sont pleines. Et cela dans un théâtre de 300 places coûtant quelque 800 dollars taïwanais chacune, ce qui représente environ 20 euros. On y retrace ces scènes comiques de la vie quotidienne dont raffole le public. Quant aux enfants, ils sont fascinés par l’aspect technique, par ces créatures qui prennent vie à volonté. Dans les écoles leur sont fournis des manuels traçant l’art du marionnettiste. Les clubs d’amateurs sont nombreux et les concours également qui leur permettent de se manifester publiquement ».

En famille

Avec les musiciens qui accompagnent les marionnettistes (luth « pipa », luth « sanxion », percussion, vièle « erxian », flûte « xiao ») ainsi qu’un technicien et une administratrice, les membres de la troupe Jin Fei Feng seront onze à venir à Paris. La famille Hsueh en tête. « Peu de gens veulent apprendre et faire perdurer le métier, regrette Hsueh Ying-Yuan qui le tient de son propre père, Hsueh Chung-Hsin. Il faut tout de même beaucoup militer pour l’ouvrir au grand public. Et créer de nouveaux spectacles coûte cher ». Mais son fils, Yi-Yang, qui adule son père, veut assurer la relève. Et ses sœurs avec lui. « C’est joyeux de travailler en famille, ajoute le pater familias et directeur artistique de 46 ans. Nos enfants sont nos partenaires. Et après les spectacles, nous allons nous promener ou dîner tous ensemble ».

Raphaël de Gubernatis

« Promenade à la Fête des lanternes ». Marionnettes à fils* de la troupe taïwanaise Jin Fei Feng. Le 16 octobre à 14h, le 17 à 18h, le 18 à 17h ; Musée du Quai Branly. Festival de l’Imaginaire ; 01-45-44-72-30.

* Ces marionnettes à fils extraordinairement vivantes constituent le premier volet d’une série de représentations découvrant dans le cadre du Festival de l’Imaginaire quelques autres pans de la diversité des arts traditionnels chinois, marionnettes à gaine ou théâtre d’ombres, tels qu’ils ont été préservés dans ce conservatoire des cultures populaires qu’est Taïwan.

Pour le pape compassion n’est pas raison

Le pape, compassion n’est pas raison ?
Le pape François, l’Independence Hall, à Philadelphie (Pennsylvanie), le 26 septembre 2015. Photo Vincenzo Pinto / AFP

Le pape François soucieux des pauvres, interpelle les gouvernements à propos des migrants et des réfugiés, il combat le lien fait entre la femme et le mal, se dit lassé du machisme contemporain, mais il se bat pour l’égalité des sexes dans l’imaginaire. Quid de la réalité, alors que se déroule la journée mondiale pour l’avortement.

La compassion est voisine de la sollicitude. Le Pape redonne à la compassion, sentir, souffrir avec, toute son importance sociale. La pensée de la sollicitude, ou care, se développe. La compassion traite du présent de la souffrance, ainsi que d’une souffrance passée, quand la sollicitude veut penser l’avenir, nouveau lien social ; soit.

Le pape récupère le retard de l’Eglise : ne plus honnir les divorcé-e-s comme dans les années 60, condamner et ne plus cacher les prêtres pédophiles de ces dernières décennies, ne plus ignorer les homosexuel-l-es de plus en plus visibles depuis les années 70. On appréciera que le pape rattrape le temps perdu; et plus encore : condamner la peine de mort, c’est très bien… Mais avec qui faut-il être sévère ? Avec le parent violeur de petite fille, comme au Paraguay ? Ou avec cette même petite fille qu’on ne saurait faire avorter et qui accoucha l’été dernier ? La compassion reconnaît la souffrance du présent et du passé mais n’enchaîne pas avec la sollicitude d’un présent tourné vers l’avenir. Pourquoi ?

Telle est la question que nous pourrions poser au pape. On rétorquera tout de suite que si, il y pense à l’avenir puisqu’il fait de la politique, de la vraie ; à propos des migrants et des réfugiés, à l’égard des pauvres et des exclus. Il interpelle les gouvernements, et les chroniqueurs politiques ne s’y trompent pas. Le pape est un chef d’Etat et son territoire est le monde entier. Peu importe le petit bout de terre qu’est le Vatican. La compassion peut donc faire de la politique, produire du politique ; la sollicitude n’en ferait pas.

Le pape François, lors du Festival de la famille à Philadelphie (Pennsylvanie) le 26 septembre 2015. Photo Eric Thayer / Pool / AFP

Cependant, la compassion universelle n’est pas raison. On saisit clairement que la politique ici renouvelée est celle de l’Eglise, celle d’un Etat qui ne légifère pas. Certes, ce n’est pas au pape de faire le tri des lois, entre les pays hostiles à l’avortement et ceux qui ne le sont pas ; par exemple. Mais comment la compassion peut-elle tenir son rang face au droit ?

Quelle raison ?

D’où la réflexion sur la justice. Le juste et le droit, le juste et la morale. Le contenu du croisement entre la justice et la morale, j’avoue ne pas le connaître. J’ai plus l’habitude, de lier la justice avec le droit ; tout simplement parce que le «droit des femmes» est un pivot incontournable. Il ne s’agit pas d’oublier la subversion et l’utopie, mais sans droit, pas d’émancipation des femmes, pas d’égalité des sexes. Alors que se passe-t-il quand la compassion mêle justice et morale pour faire bonne figure face aux questions troublantes de la sexualité, de la conjugalité, de la promiscuité des générations ? Quelle justice pour et dans la famille ?

Alors, on passe du rapport ancien (et bien connu) entre la loi et les mœurs, on passe au lien nouveau, à l’époque contemporaine, entre privé et public. Je vais vite, trop vite. Aux hommes la fabrique de la loi, aux femmes la responsabilité des mœurs, telle fut la conviction de penseurs de l’Ancien Régime comme de l’ère démocratique qui lui succéda. L’Eglise chrétienne se retrouve, sans conteste, dans ce schéma sexué de l’organisation sociale : moins quant à la répartition des responsabilités entre femmes et hommes, que face à la «nécessaire» séparation entre privé et public. La famille séparée de la cité, telle est sans doute la conviction fondamentale.

Sexualité et liens singuliers, d’amour et de subsistance, telle est la famille. Il y a un désir de famille, dit le pape, mais les familles sont blessées, ajoute-t-il. Alors, il n’y a aucune obligation d’y appliquer la représentation du sujet de droit, de l’individu à part entière. La petite fille du Paraguay qui subit une césarienne pour accoucher, au mois d’août, est un corps par où l’espèce passe, en l’occurrence l’enfant à naître. Qui est-elle comme sujet de droit ? On comprend que les lois du sexe et de la famille ne sont pas les lois du droit. Reste la miséricorde, qui n’est pas la justice ; dans ce lieu même du fondement de la société, dirait le pape, à savoir la famille.

Un «pape rouge»

J’entends un journaliste lancer l’image d’un «pape rouge». Rouge parce que soucieux des pauvres, rouge parce qu’insolent et exigeant à l’égard des puissants. L’image ne tient pas vraiment, pas longtemps, mais elle renvoie à une tradition socialiste, influente, celle de Proudhon et du mouvement ouvrier français. Proudhon, qu’on dit antiféministe et misogyne, est un penseur de la famille dissociée de l’espace social: la famille est le lieu de la justice, dit-il, justice fabriquée et incarnée par la dualité du couple. Mais ce n’est pas le lieu de l’égalité. Oui, le juste et l’égal ne marchent pas toujours ensemble, pensent ces penseurs, révolutionnaires et chrétiens.

C’est alors qu’on peut changer de perspective, et considérer l’arc politique dans toute sa largeur : de l’avortement, un habeas corpus, à la parité, partage du pouvoir (ordination des femmes), le pape n’y voit pas une question de droit des femmes, de nécessité de liberté et d’égalité, principes démocratiques. Une femme n’est pas propriétaire de son corps, une femme ne peut être prêtre : ni propriété de soi ni gouvernement des autres. Mais la femme n’est pas l’égale de l’homme ? Si, dira le pape, qui se dit lassé du machisme contemporain. Et là il ouvre un nouveau champ critique, celui du lien archaïque entre la femme et le mal. Le pape François conteste ce lien : la faute d’Eve doit être mise en question, la responsabilité de l’émancipation des femmes dans la crise de la famille actuelle est trop facile… Il se bat pour l’égalité des sexes dans l’imaginaire, imaginaire historique, imaginaire social. Certes, c’est bien intéressant de s’attaquer à la prétendue culpabilité des femmes. Quant au réel de la petite fille du Paraguay, il peut attendre.

Voyage en terres rêvées

La Terre de Feu, L’Eldorado, Troie ou le Pays des Amazones… Le Gondwana, l’Atlantide ou Mû… Qui n’a jamais eu vent de ces extraordinaires terres mythiques? Certainement pas Dominique Lanni qui, dans Atlas des contrées rêvées, propose non pas du vent mais un réel voyage à travers une trentaine de lieux légendaires, par-delà le monde. Paru aux éditions Arthaud, l’ouvrage aux allures de recueil met en scène de fantastiques histoires subtilement illustrées par Karin Doering-Froger. Des récits qui font revivre Marco Polo, Homère, Gengis Kahn.

Le livre à la reliure séduisante est de ceux que l’on aime mettre en avant sur une bibliothèque. À l’intérieur, on découvre une écriture poétique particulièrement appropriée au sujet. Pas question d’ennuyer le lecteur d’une flopée de détails, de références ou de citations sans âme, Dominique Lanni, pourtant universitaire, sait raconter des histoires. En guise d’illustrations, les cartes proposées par Karin Doering-Froger mêlent astucieusement cartographies d’antan et nouveaux critères esthétiques et numériques. «On a trouvé un maximum d’anciens documents desquels s’est inspirée l’illustratrice», précise l’auteur.

Les régions présentées dans l’ouvrage ne sont pas toutes le fruit de l’imagination de nos aïeux. Nombre d’entre elles ont vraiment existé. «Le but n’était pas de parler des lieux inventés par les romanciers. Il fallait qu’il y ait un socle à ces mythes, que des voyageurs se soient dit: « on va aller là car on l’a vu sur de vieilles cartes, car on en parle »…», explique ainsi Dominique Lanni.

Cités perdues ou englouties, civilisations mystérieuses, îles fabuleuses ou contrées peu explorées… «En Amérique du sud, la fièvre de l’or explique toutes ces légendes. Puisqu’on n’a pas trouvé l’or où on le pensait, on l’a cherché ailleurs, on a déplacé le lieu. À y regarder de plus près, on remarque ainsi toute une série de délocalisations des lieux rêvés…»

A lire aussi: Tour du monde des lieux maudits,

par Catherine Calvet et Fabrice Drouzy.

«Sur les cartes anciennes, Monomotapa s’étale ainsi en larges majuscules sur l’Afrique australe […] pour combler un immense vide en bas du continent.» Constat toujours surprenant que d’imaginer une telle partie du monde plongée dans l’inconnu et son cortège de peurs et d’affabulations «Dans l’imaginaire collectif on décrivait les Africains comme des cannibales. D’ailleurs, une fois vérifiée, l’anthropophagie de certaines tribus ne surprendra pas les Européens», précise Dominique Lanni qui ajoute cette anecdote: nos ancêtres pensaient qu’une fois le Cap Bojador passé (Sahara occidental), les rayons de soleil étaient si puissants que l’on devenait aussitôt noir au cheveu crépu…

Et aujourd’hui? Reste-t-il des terres à découvrir? «Si les mythes antiques sont prodigues en récits propices à la rêverie, l’époque moderne a, elle, eu à cœur de chercher les preuves qui donnent un peu de réalité à ces belles légendes», note l’auteur. Au risque de détruire le mythe? «Les archéologues, ça a été un cauchemar!», conclut en souriant Dominique Lanni.

Que lui et ses lecteurs se rassurent: ces lieux rêvés peuvent ressurgir du passé. Le temps d’un livre, tout du moins…

Atlas des contrées rêvées. Dominique Lanni. Editions Arthaud. 144 pages. 25 €

Maxime Beaufils

Ne tirez pas sur Harper Lee

Le silence de HarperLee fait jaser. La presse spécule sur des inédits qui dormiraient dans ses tiroirs. Autant dire que l’annonce de la publication de son nouveau livre a fait, le 4 février dernier, l’effet d’une bombe. Avant que les journalistes ne découvrent qu’il s’agissait plutôt d’une mine qui n’avait pas explosé: «Va et poste une sentinelle» a été en effet écrit avant «l’Oiseau».

Pourquoi attendre si longtemps avant de publier ce texte, que l’éditeur avait conseillé à Harper de remanier (ce qu’elle fit en publiant la version qui allait devenir son best-seller mondial)? Selon un communiqué officiel de HarperCollins, le manuscrit aurait été retrouvé par l’avocat de l’écrivain, il y a un an, dans un endroit secret où il était agrafé à l’original de «l’Oiseau moqueur». Pourtant, HarperLee s’était toujours refusée à le publier. Pourquoi aurait-elle soudain changé d’avis? Et la presse américaine de flairer un coup de son éditeur, qui aurait peut-être attendu que l’auteur n’ait plus toute sa tête pour la convaincre d’autoriser cette très lucrative publication.

Le retour de l’auteur à succès dans son Alabama natal n’a pas manqué d’alimenter les rumeurs sur une tutelle éventuellement abusive: après avoir passé toute sa vie dans le quartier intello-chic de Manhattan, la voici obligée de vendre son appartement de l’Upper East Side, alors qu’elle continue de toucher des royalties sur «l’Oiseau», qui se vend à plus d’un million d’exemplaires par an. Selon le témoignage d’un proche, une attaque cérébrale, en 2007, l’aurait rendue sourde et presque aveugle. Dans la maison de retraite où elle vit aujourd’hui, à Monroe, elle ne se déplace qu’en fauteuil roulant et perd inexorablement la mémoire.

« Clairement, risiblement, horriblement mauvais… » (c’est tout ?)

Aurait-on commercialisé le livre contre sa volonté? On se souvient que la publication, en 2009, du dernier roman de Nabokov, «l’Original de Laura», par son fils Dmitri, avait aussi fait scandale. Il est vrai que l’opération tenait plutôt du sauvetage de compte en banque. Encore Nabokov était-il décédé quand l’opération eut lieu: cette fois, c’est du vivant de l’auteur que l’on a pratiqué l’exfiltration du manuscrit, direction l’imprimeur. Rien d’étonnant à ce que le roman ait, dès lors, fait l’unanimité contre lui, certains journaux américains allant jusqu’à repérer des paragraphes entiers qui, d’un livre à l’autre, se sont révélés identiques, au mot près.

Alors, faut-il lire ce nouveau HarperLee? «Va et poste une sentinelle» n’est pas la catastrophe annoncée. On retrouve même, dans ce livre sauvé des eaux par la belle traduction de Pierre Demarty, la verve du premier. Quant à l’intrigue, elle réunit les mêmes personnages vingt ans plus tard, mais Atticus se révèle, l’âge venant, aussi conservateur qu’il se montrait progressiste dans « Oiseau».

Pas de quoi tirer sur Harper Lee, comme le faisait Alexandra Petri dans le «Washinton Post»: pour elle, le texte est «si clairement, risiblement, horriblement mauvais qu’il semble que Harper Lee n’ait choisi de le publier que pour montrer qu’elle ne doit pas être adorée comme une divinité».

Didier Jacob

Va et poste une sentinelle, par Harper Lee,

traduit par Pierre Demarty,

Grasset, 336 p., 20,90 euros.

Chez le même éditeur :

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur,

480 p., 22,90 euros.

Harper Lee, bio express

Harper Lee (AP/Sipa)

Née en Alabama en 1926, Harper Lee étudie le droit de 1945 à 1949 puis vient s’installer à New York en 1950. Amie et collaboratrice de Truman Capote, elle publie en 1960 son premier livre, «Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur», et obtient le prix Pulitzer en 1961. (©AP/Sipa)

Article paru dans « L’Obs » du 1er octobre 2015.

Les 1ères pages de « Va et poste une sentinelle »

Vie et mort de Steve MacKay, génial saxophoniste des « Stooges »

Les « Stooges » ont (encore) perdu l’un des leurs. Le saxophoniste américain Steve MacKay est mort des suites d’un septis (infection généralisée) à l’âge de 66 ans, comme l’a annoncé Iggy Pop, leader charismatique du groupe mythique sur sa page Facebook.

L’Iguane, qui avait recruté Steve MacKay voilà 45 ans, y écrit :

Steve était un Américain typique des années 1960, plein de générosité et d’amour pour tous ceux qu’il rencontrait. A chaque fois qu’il portait son saxo à ses lèvres et jouait, il illuminait mon chemin et égayait le monde entier »

Message from Iggy on Steve Mackay’s passing: »Steve was a classic ’60s American guy, full of generosity and love for…

Posted by Iggy Pop on dimanche 11 octobre 2015

Steve MacKay laisse derrière lui une sacrée empreinte dans l’histoire du rock. Ce natif de Grand Rapids (Michigan) qui jouait alors avec les « Carnal Kitchen », a été repéré et embauché en 1970 par Iggy Pop… 48 heures avant que les « Stooges » s’envolent de Détroit en direction de L.A ! Une cité des anges où ils vont enregistrer leur deuxième album intitulé « Fun House ». C’est cet opus qui, avec quelques autres, a ouvert la voie au style punk, auquel le musicien apporte sa touche jazzy, percutante.

Essoreuse folle de l’héro’

Ce qui n’a pas empêché Steve MacKay d’être viré au terme de quelques mois par ce groupe alors connu pour être pris dans l’essoreuse folle de l’héroïne… Au grand dam des organisateurs de concerts, même s’il nous a livré quelques bijoux, jusqu’à sa dissolution en 1974.

Le musicien n’a pour autant pas quitté la scène et les studios qu’il a continué à fréquenter via ses collaborations avec les « Snakefinger », « Commander Cody », « Smegma » ou encore « The Violent Femmes », bande punk de Milwaukee dont le bassiste, Brian Ritchie, y va aussi de son hommage :

Au final, ce ne serait pas exagéré de considérer Steve comme le plus grand joueur de saxo rock and roll de tous les temps. Il était le premier à allier la sonorité rauque du début du rock à la liberté et la joie de l’improvisation libre, tout en jouant chaque note avec une totale concentration. »

La riche parenthèse aura duré jusqu’à l’année 2003 où, reformant « The Stooges », Iggy Pop a fait une nouvelle fois appel au souffle magique de Steve MacKay. A partir de cette renaissance, associée au festival de Coachella, le saxophoniste n’a plus quitté le groupe. Avec son décès, il rejoint cinq autres membres de la formation (Ron Asheton, Scott Asheton, Dave Alexander, Bill Cheatham et Zeke Zettner) déjà au paradis des musiciens.

Jean-Frédéric Tronche

Air France : «Face à leur attitude détachée, je me suis sentie humiliée»

Des hommes en costume la regardent de loin, ou en biais, lui sourient parfois pendant qu’elle parle avec ses larmes. Erika Nguyen Van Vai, hôtesse au sol chez Air France, se souvient de ce face-à-face avec des responsables silencieux alors qu’elle leur demandait si ses 1 800 euros de salaire mensuel allaient ruiner la compagnie aérienne : «Je me suis sentie humiliée par leur attitude.»

Le 5 octobre, cette femme de 33 ans pénètre, en compagnie d’autres salariés en colère, dans la salle où doit se dérouler le comité central d’entreprise (CCE) d’Air France. La direction doit y détailler le plan de restructuration, notamment les suppressions de poste. Elle est filmée par une collègue et la vidéo sera ensuite postée sur les réseaux sociaux. Erika Nguyen Van Vai deviendra le porte-voix de la colère des salariés d’Air France, l’illustration d’une «violence sociale» dénoncée par les syndicats et qui, selon eux, est à l’origine de l’agression subie la même matinée par les deux cadres dirigeants de la compagnie.

«Mon premier acte de militantisme»

La jeune femme était invitée à l’assemblée par Daniel Goldberg, député PS frondeur, avec deux autres agents d’Air France, délégués CGT. L’élu souhaitait les entendre sur le climat social qui règne au sein de l’entreprise et qui, de la bouche de nombreux responsables syndicaux, est calamiteux. Elle est réservée, sa voix est douce. Ce lundi 5 octobre, elle avait surtout prévu de venir au rassemblement organisé par une large intersyndicale. Elle-même est syndiquée CGT, mais n’est pas «engagée». «C’était la première fois que je participais à un mouvement de grève, mon premier acte de militantisme. Tout se passait dans une ambiance bon enfant, on faisait des selfies !»

Mais le vendredi précédent, devant son poste de télévision, elle entend qu’il y aura autour de 3 000 emplois supprimés, dont la majorité parmi le personnel au sol. L’exaspération monte. Le lundi, dans la salle du CCE, avant que la caméra ne tourne, elle «salue les gens qui sont présents» et leur demande des précisions. «Comment ça va se passer, comment ça va se décider ? Le célibataire qui n’a pas d’enfants, pas de crédit, sera-t-il touché en premier ? Moi, je suis mère de famille, j’ai un crédit, je vais être sauvée ? On est complètement dans l’ignorance.» Elle dénonce aujourd’hui l’attitude «complètement détachée» des cadres qui lui font face. «Voir des personnes qui vous prennent avec légèreté, alors que moi j’ai le sentiment qu’on parle de mon destin… J’ai pas su contrôler mes émotions.» Elle explose. La caméra tourne et enregistre sa colère : «Cela fait quatre ans que nos salaires n’ont pas évolué, quatre ans qu’on travaille pour rien, dit-elle dans cette salle, la voix tremblante. Nous, on les a faits, les efforts, quatre ans sans rien. Et c’est nous qui trinquons ?»

«Moments de vérité»

Ce lundi, elle s’explique encore. «Tous ces efforts que l’on nous a demandés pendant quatre ans, toute cette pression qu’on a subie… On nous demande d’être efficaces, d’être positifs, d’être polyvalents parce que des services ont fermé. Mais quand on vous surcharge et qu’on vous explique que ça va continuer dans ce sens, ben… vous vous demandez comment vous allez y arriver.» La salle, remplie de journalistes, écoute. Christian Paul, député socialiste frondeur, avoue que «des moments de vérité comme celui-là, on n’en a pas tout le temps à l’Assemblée».

Le film dure presque quatre minutes. Erika Nguyen Van Vai dit qu’elle a ensuite parlé avec celui-là même qui, dans la vidéo, disait ne pas être habilité à lui répondre. «On nous a baladés avec des chiffres en nous disant comment ça s’était passé chez Emirates ou Alitalia.»

L’employée ne souhaitait pas que cette vidéo soit diffusée. «Je n’avais pas envie de m’exposer, je ne savais même pas que j’étais filmée. J’ai une famille, je ne voulais pas que cela prenne de l’ampleur.» Et puis il y a eu l’autre film, celui de l’agression, lorsque le DRH, Xavier Broseta, est physiquement pris à partie et se fait arracher sa chemise. Le film fait le tour des JT, en France et à l’étranger. Les responsables de l’agression sont qualifiés de «voyous» par Manuel Valls, un terme très mal accueilli par les trois employés présents, qu’ils prennent comme une attaque contre eux et l’ensemble du personnel. Le délégué CGT Youssef Sifi rappelle les contraintes auxquelles sont soumis les employés travaillant dans les aéroports, et qui s’appliquent notamment aux personnes interpellées lundi. «Tous les trois ans, les salariés de chaque aéroport sont soumis à une autorisation préfectorale pour pouvoir travailler sur les pistes. Le badge ne m’est délivré que si j’ai un casier judiciaire vierge. Si je veux manger demain, faut y faire attention tous les jours, à ce badge. Traiter de « voyous » des gens qui font des efforts quotidiens pour rester au plus près de la loi, c’est indécent. Trouvez-moi des « voyous » qui protègent la direction !»En référence à ces salariés qui ont aidé le DRH à s’extraire de la foule.

«On m’a demandé si j’avais gardé un bout de la chemise !»

Un de ces «voyous» est justement présent. Abdel Errouihi a aidé Xavier Broseta, mais sur les photos et vidéos qui ont circulé ce jour-là, la confusion pouvait laisser penser qu’il faisait partie des agresseurs. «Pendant une journée, j’étais l’Arabe qui avait agressé le DRH», dit-il sur le ton de la dérision. «C’est la pire journée de ma vie. Ma femme n’a pas eu la force d’amener mes enfants à l’école l’après-midi. Elle pleurait, elle est enceinte, à son dernier mois. Tout le monde m’appelait, mes amis, ma famille, on me demandait si j’avais gardé un bout de la chemise en souvenir !» Une semaine après, il rit jaune : «J’attends toujours ma médaille.» Personne ne l’a remercié. «On m’a dit que ce n’était pas la politique de la maison.»

Le DRH d'Air France Xavier Broseta, sans chemise, extrait de la foule lundi 5 octobre. Abdel Errouihi est en polo gris, à gauche.Le DRH d’Air France, Xavier Broseta, sans chemise, extrait de la foule lundi 5 octobre. Abdel Errouihi est en polo gris, à gauche. (Photo Jacky Naegelen. Reuters)

L’attitude de la direction et la réaction du Premier ministre sont les raisons pour lesquelles Erika Nguyen Van Vai acceptera finalement que soit diffusée la vidéo. «Lorsque, pendant une journée et demie, j’ai vu que les politiques soutenaient la direction et ne comprenaient pas notre mal-être, j’ai dit OK.» Le film sera posté, repris par les médias et vu des centaines de milliers de fois.

«Tout le monde a une responsabilité pour que le dialogue social s’engage», a déclaré le député socialiste de Seine-Saint-Denis Daniel Goldberg. «L’Etat est actionnaire et a donc une responsabilité dans ce qui se passe», et, concernant le PDG d’Air France-KLM, Alexandre de Juniac, «sa responsabilité en tant que dirigeant est grande».

Richard Poirot

L’ombre de Jean Germain plane sur le procès des «mariages chinois»

Il y avait cinq chaises rouges, pour les cinq prévenus, dans la salle d’audience au printemps dernier. Elle ne sont plus que quatre, grises. Ajourné le 7 avril après le suicide de Jean Germain, le procès des mariages chinois s’est ouvert ce mardi au tribunal correctionnel de Tours. A 9 h 15, Lise Han est la première à pénétrer dans la salle, tout de noir vêtue. Sous l’œil des caméras, elle essuie quelques larmes, en silence. La Franco-Taïwanaise de 53 ans est le personnage clé de l’affaire. Entre 2008 et 2011, elle organise les mariages symboliques, «à la française», de dizaines de couples chinois désireux de vivre des «noces romantiques en Touraine». Un label visant à développer les liens entre Tours et la Chine, selon la volonté du maire d’alors, Jean Germain.

«Silences assourdissants»

Problème : Lise Han, directrice du bureau France-Chine au sein de la mairie, est en parallèle la gérante de la société en charge de l’organisation des mariages. Une entreprise qui, en quatre ans, bénéficie de centaines de milliers d’euros de marchés publics passés par la ville. Lise Han, qui affirme avoir eu une liaison avec l’édile, est poursuivie pour «prise illégale d’intérêts, escroquerie et abus de bien sociaux», notamment. Deux des trois hommes assis à ses côtés – son mari, l’ancien directeur de cabinet de Germain et le directeur de l’office du tourisme – sont poursuivis pour complicité. C’était également le cas de l’ancien maire, élu sénateur en 2011. La ville de Tours, l’office du tourisme et la communauté d’agglomération se sont constituées parties civiles.

A lire aussi : le portrait de Lise Han, Casse-tête chinois.

Six mois après l’ajournement, Lise Han, se dit «très triste», et déplore un «procès qui s’ouvre devant le cercueil de Jean Germain». Le souvenir du défunt plane sur les débats. A travers son interrogatoire, lu par la présidente, dans les interventions des avocats, dans celles des prévenus. Il est alors «le maire», ou «monsieur Germain». On parle de lui simplement, comme d’un absent. La semaine dernière, MGérard Chautemps, conseil de Han, prévenait : «Il va y avoir des silences assourdissants, des questions auxquelles Lise Han ne pourra pas répondre.» Le silence est bien là, mais il n’est pas assourdissant. Passées les premières minutes, la procédure reprend ses droits.

«On ne comprend rien»

Sur le fond, l’affaire est «nébuleuse», selon la présidente, «confuse», selon l’un des prévenus. Elle repose en grande partie sur l’éventuelle «gestion de fait» de la société organisatrice des mariages, imputée à Lise Han, et sur le statut de cette dernière à la mairie. Les explications de la prévenue sont parfois embrouillées. «On ne comprend rien», lui dit la présidente. Elle se contredit, mais s’exprime toujours avec aplomb. Avec culot, même, au point de déclencher quelques rires d’effarement dans la salle. Son mari, au contraire, est effacé. De son côté, François Lagière, directeur de cabinet de Germain à l’époque, également entendu en ce premier jour du procès, est pris par l’émotion à la barre. Il ne veut pas être vu comme un «escroc», parle d’«honneur», de «loyauté» vis-à-vis de Jean Germain. «On a été piégés», dit-il. En octobre 2013, dans l’émission Sept à huit, sur TF1, le sénateur disait de Han : «Elle m’a fait un enfant dans le dos. Je me suis fait avoir. Mais quand on est maire d’une grande ville on n’a pas le droit [de se faire avoir].»

Elise Godeau

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