Casse-Noisette » et « Iolanta »: deux ouvrages de Tchaïkovsky à l’Opéra

Quelle belle initiative que celle qui a voulu reprendre en une seule soirée le bref opéra de Tchaïkovsky, « Iolanta », et l’une des plus célèbres musique de ballet du compositeur russe, « Casse-Noisette », tout comme ce fut le cas au jour de leur création, en 1892, au Théâtre Marie, à Saint-Pétersbourg !

Tendresse et humanité

L’idée sans doute vient du metteur en scène Dimitri Tcherniakov qui donne de « Iolanta » une vision toute en tendresse et en humanité, fortement nimbée de spiritualité, très russe en un mot (loin de l’onirisme élégant de la réalisation de Robert Carsen au Festival d’Aix-en-Provence et à l’Opéra de Lyon), et offerte dans un cadre de blancheur douce et lumineuse. Il en fait aussi un ouvrage lyrique offert à la jeune Marie, l’héroïne de « Casse-Noisette », en prologue à la fête qui va suivre : par un délicieux tour de passe-passe, les personnages de l’opéra, évidemment interprétées par des artistes lyriques, se glissent sans transition dans le monde du ballet où les danseurs endossent les mêmes costumes que les chanteurs.

Et voilà que le boudoir où Iolanta a recouvré la vue se meut en simple alcôve d’un vaste et lumineux salon où l’on fête l’anniversaire de Marie. Cette première partie du ballet découvre une fête de famille joyeuse, aimable, toute en fraîcheur, où chacun s’épanouit dans des costumes d’une élégante simplicité (dus au talent d’Elena Zaitseva), des costumes de ville aux coloris dont l’harmonie est admirable. Rien d’exceptionnel sans doute dans cette chorégraphie entraînante et festive, mais beaucoup de naturel, de gaieté, et le plaisir sans mélange de découvrir les danseurs de l’Opéra éclatants de jeunesse, heureux et débridés, exécutants des pas inédits sur ces pages si connues de « Casse-Noisette ».

C’est à un chorégraphe d’origine portugaise, mais né en Afrique du Sud et formé en Grande-Bretagne, Arthur Pita, que l’on doit cette fête, et c’est aux danseurs que l’on doit cette interprétation si vivante et si naturelle.

Saisissante tempête de neige

En toute logique, Tcherniakov a réécrit l’argument de « Casse-Noisette » pour briser avec l’aspect sucré et féérique qui est l’apanage de ce ballet dont une version traditionnelle due à Rudolf Noureev demeure bien évidemment au répertoire du Ballet de l’Opéra. Mais avec la volonté d’élever l’ouvrage au rang de conte philosophique, il n’a fait preuve ici que de confusion, et son argument douteux, psychanalytico-philosophique, a grand ouvert la porte aux errements des deux faiseurs qui ont pris la suite d’Arthur Pita dans le déroulement du ballet.


(Agathe Poupeney)

Au cœur d’un environnement visuel saisissant dû aux images extraordinaires d’Andrey Zelenin qui précipitent les danseurs dans une tempête de neige, un blizzard sibérien, la réponse chorégraphique de Sidi Larbi Cherkaoui, dans ce qui est baptisé « valse des flocons », des flocons de neige bien entendu, est d’une rare pauvreté.

Musicalement inculte

Même chose avec Edouard Lock qui lui succède dans les tableaux intitulés « la forêt » et « divertissement ». Si la faiblesse de l’argument dicté par Tcherniakov est sans doute la première coupable de cette déroute, le travail de Lock est pire encore.

Quand l’une des plus spirituelles musiques de ballet aurait dû servir de levier à l’imagination la plus folle, Lock, musicalement inculte et insensible à la partition, met en scène d’énormes poupées construites en pure perte et sans doute à grand frais, plantées là sans rime, ni raison, cependant qu’il impose à une poignée de danseuses une chorégraphie indigente.

Dans des robes claires des années 1930, les dites danseuses sont d’un charme irrésistible : mais cela ne tient qu’à leur beauté et à leur tenue. Nullement à ce qu’elles exécutent. Quant à Marie, qui ne quitte pas la scène, Lock en fait une malade mentale que sa gestuelle déréglée de fille gravement perturbée pourrait conduire droit aux petites maisons.

Qui a choisi de faire appel à Cherkaoui et à Lock ? Benjamin Millepied ? Dimitri Tcherniakov ? C’est un ratage monumental, que de s’être ainsi laissé aveugler par deux hommes au parcours chorégraphique si décevant.

Raphaël de Gubernatis

« Iolanta » et « Casse-Noisette« . Opéra de Paris, Palais Garnier. Jusqu’au 1er avril 2016. 08 92 89 90 90.

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