Mois : février 2016

Nos amis les dauphins

C’est une expérience dont j’ai hésité à parler sur ce blog, parce qu’elle a tendance à faire débat. Mais bon, finalement j’ai décidé de ne pas m’auto-censurer. Je le dis donc haut et fort : récemment, j’ai nagé avec des dauphins à Nice ! Et, plus encore : j’ai adoré. Je crois que je me […]

Avant le Super Tuesday, l’impatience de l’électorat afro-américain

Par Cyril Duval

Black History Month s’achève au lendemain des Academy Awards 2016, après un mois de conversations et débats passionnés, et des prises de positions et polémiques diverses. Mardi 1er février marque le Super Tuesday des élections primaires américaines, un moment charnière où 11 États vont choisir au même moment leur présumé-champion, imprimant par celà une tendance distinctive dans les deux camps.

Ce mois prestigieux de recueil et souvenir de l’apport culturel, humain, et historique de la communauté noire des États-Unis est célèbré chaque année en février, mais cette année il a été marqué le 6 février par le retour spectaculaire de la chanteuse Beyoncé (probablement la plus importante icône culturelle noire depuis Michael Jackson) pour le ‘Halftime Show’ du Super Bowl, la plus grand-messe télévisuelle des États-Unis d’Amérique. Comme à son habitude et après plusieurs mois de silence, Beyoncé a pris tout le monde de cours en livrant sur la toile ‘FORMATION’, une nouvelle chanson articulée autour d’un clip coup de poing, et on ne peut plus militant. Au travers de scénographies stylisées et des costumes aux références précises à la période de ségrégation précédant le ’Civil rights movement’ des 50s, la chanteuse la plus puissante au monde, politiquement (grande amie du couple Obama) et financièrement (les avoirs de son couple formé avec à le rapper Jay-Z sont évalués à plus d’un milliard de dollars) retrace l’histoire mouvementée de la communauté noire au XXeme siècle, et s’empare du Super Bowl et de l’Amérique blanche pour une démonstration de force spectaculaire, avec une esthétique féministe et exaltée empruntée au Black Panther Party des 60s.

Artiste se voulant parfaite, obsédée par le contrôle, Beyoncé a surpris le monde entier en s’immisçant de façon aussi frontale dans l’arène politique en amplifiant l’écho du puissant mouvement politique Black Lives Matter né en 2013 en réaction aux nombreux meurtres raciaux inexpliqués et manifestations massives défiant l’État policier à Ferguson dans le Missouri, ou encore à New York. Très loin d’un Kanye West probablement trop pris par ses propres égards mégalomaniaques, c’est finalement Kendrick Lamar qui amplifie le message de ce renouveau de la parole noire militante et ultra-médiatisé. À l’occasion des Grammy Awards, le rapper a électrifié la scène avec sa performance militante du morceau The Blacker the Berry’.

Mais c’est surtout le paroxysme hollywoodien de la 88éme cérémonie des oscars qui a attisé la polémique de la représentation culturelle de la communauté afro-américaine et la controverse #oscarssowhite qui a débuté lors de l’annonce des nominés dès la mi-janvier 2016: Aucun acteur ou actrice noir(e) ne passent la sélection, et des voix politiques puissantes tels que Spike Lee s’expriment pour dénoncer une injustice flagrante et la représentation parcellaire d’une société soit-disante multiculturelle. Tout au long du mois de février, la société civile continue de s’emparer du débat qui rebondit dans des sketchs autant humoristiques que pinçant, tel que la présentation du comédien britannique John Oliver pour la chaine HBO sur le malheureux concept du «whitewashing» qui étreint Hollywood depuis le milieu du XXéme siècle, ou encore les comédiens de SNL qui à leur tour prennent d’assaut la citadelle blanche d’Hollywood.

Mais dans la bataille pour le leadership démocrate entre Hillary Clinton & Bernie Sanders, où se situe l’électorat afro-américain á la veille du Super Tuesday? Traditionnellement pro-Clinton depuis les 90’s, et particulièrement dans le sud où Bill Clinton fit ses armes deux fois en tant que Gouverneur de l’Arkansas (1979-81, puis 1983-1992), Hillary semble se rapprocher de la nomination à l’heure où la balance est enfin à même de pencher en sa faveur. Cependant, il serait injuste de disqualifier Bernie Sanders trop rapidement… Le potentiel ‘premier président socialiste des États-Unis d’Amérique’ ne cesse de recueillir des soutiens médiatiques et politiques de plus en plus importants en provenance du milieu intellectuel afro-américain: Le très respecté écrivain et journaliste Ta-Nehisi Coates lui a finalement apporté son soutien malgré des désaccords de fond (notamment liés à la demande politique de droits de réparation de l’esclavagisme), et Spike Lee, l’avocat historique et militant de la communauté noire a récemment prêté sa voix au nouveau message publicitaire de la campagne Sanders dénonçant les méfaits du capitalisme contemporain et prônant la capacitée du candidat à‘Do the Right Thing’.

Malcolm X disait ‘You can’t have capitalism without racism”. À l’aube d’une nouvelle mutation américaine entre possible repli conservateur, populiste, et liberticide, ou espoir social-démocrate, ses paroles semblent imprégner plus que jamais les ébats de la campagne et la culture pop activiste qui se rassemble et se politise.

Sexe et violence au cinéma : le gouvernement veut revoir les règles d’interdiction aux mineurs

Après les victoires en justice d’une association proche des milieux catholiques traditionalistes contre La Vie d’Adèle ou Love, les textes régissant l’interdiction des films aux moins de 18 ans vont être modifiés pour «conforter» la commission chargée d’établir les classifications, a annoncé la ministre de la Culture, Audray Azoulay.

«Aujourd’hui les avis de la commission de classification sont soumis (…) à des aléas compte tenu des recours, s’agissant notamment de films interdits aux moins de 12 ans et aux moins de 16 ans qui deviennent interdits aux moins de 18 ans. Or, les enjeux sont très importants pour ces films», a-t-elle souligné.

La nouvelle ministre de la Culture, issue du monde du cinéma, va s’appuyer sur les préconisations faites par Jean-François Mary, président de la commission de classification des oeuvres du Centre national du cinéma (CNC), dans un rapport qui lui avait été demandé par Fleur Pellerin après les multiples victoires en justice de l’association Promouvoir, proche des catholiques traditionalistes.

Le ministère entend notamment modifier un article du code du cinéma qui entraîne aujourd’hui une interdiction «automatique» d’un film aux mineurs lorsque celui-ci «comporte des scènes de sexe non simulées ou de très grande violence», même quand cette production n’est pas un film «classé X».

«Troubler gravement la sensibilité des mineurs»

Dans son rapport, Jean-François Mary propose une nouvelle rédaction de l’article en question : l’interdiction aux moins de 18 ans reposerait désormais sur la présence dans le film, «sans justification de caractère esthétique» de «scènes de sexe ou de grande violence» pouvant «troubler gravement la sensibilité des mineurs» ou «banaliser» la violence. Le critère de «non simulation» des scènes de sexe a «perdu de son intérêt», écrit-il, en estimant qu’une «scène peut être tout à fait explicite à l’écran tout en ayant été simulée lors du tournage» grâce aux techniques numériques.

L’été dernier, le tribunal administratif de Paris, saisi par l’association Promouvoir, avait imposé une interdiction aux moins de 18 ans (contre 16 ans auparavant) du film Love, de Gaspar Noé, en raison de scènes de sexe non simulées.

Avant Love, la justice avait tranché en juin en faveur d’une interdiction aux moins de 18 ans pour le film d’horreur Saw 3D: Chapitre final. Depuis, Promouvoir a également obtenu en décembre le réexamen de l’interdiction aux moins de 12 ans de La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche, Palme d’or 2013, en raison de plusieurs scènes de sexe réalistes, et est parvenue, début février, à faire annuler le visa d’exploitation du film Antichrist de Lars von Trier sorti en 2009.

Réduire les délais de procédure

En modifiant les textes, procédure qui peut se faire «relativement vite», la ministre souhaite limiter les possibilités de recours et surtout «conforter le pouvoir d’appréciation» de la commission chargée de la classification, qui émet les avis sur lesquels s’appuie la ministre pour prendre sa décision.

Composée de plusieurs collèges (administrations, professionnels du cinéma, experts médicaux ou associatifs et jeunes), cette commission est à même d’apprécier les critères de «protection du jeune public», insiste la ministre. Dans le même souci de protéger davantage les réalisateurs et les producteurs face à des procédures judiciaires au long cours, une «réflexion» va également être «engagée» pour «simplifier» les voies de recours et notamment «réduire les délais de procédure devant la justice administrative».

Aujourd’hui, la durée des procédures, entre première instance et appels, fait que certains films peuvent afficher des classifications différentes en salles et sur la jaquette du DVD. Une procédure simplifiée garantirait une «cohérence» sur la durée d’exploitation d’une oeuvre et «la lisibilité» du dispositif, estime Audrey Azoulay.

AFP

La CGT se rallie à la manif du 9 mars

Le report de la présentation en Conseil des ministres du projet de loi de réforme du code du travail, annoncé lundi par le Premier ministre, n’a pas fait taire les appels à la mobilisation. Suite à ce «premier recul à mettre à l’actif de la mobilisation montante», la CGT a, au contraire, décidé de durcir le message. La centrale de Montreuil a ainsi annoncé «des initiatives multiples dans les entreprises» au cours de la semaine du 7 au 11 mars. Surtout, elle invite les salariés à «participer aux rassemblements et manifestations unitaires en construction» le 9 mars.

Poussée par les organisations de jeunesse (Unef, UNL, MJS, JC…), cette journée d’action est aussi soutenue par plusieurs initiatives citoyennes sur les réseaux sociaux. Pour gonfler leurs troupes, les manifestants pourront aussi compter sur une grève, prévue de longue date, au sein de la SNCF, et pour laquelle les quatre syndicats représentatifs de l’entreprise ont déposé un préavis commun (CGT, Unsa, SUD, CFDT), mais aussi à la RATP.

«Il faut aussi qu’on donne la possibilité aux gens de s’exprimer»

Mais, si elle se rallie à la mobilisation impulsée, entre autres, par la société civile, la CGT maintient également son propre calendrier, et notamment sa «mobilisation convergente et nationale» le 31 mars. Plusieurs syndicats, comme FO, SUD ou encore la FSU devraient se joindre à elle. Mais l’appel de la CGT, qui plaide pour le retrait du projet de loi, ne convainc pas toutes les centrales syndicales. «La manifestation du 31 est un peu trop fourre-tout, nous voulons au contraire recentrer les débats», explique Luc Bérille, à la tête de l’Unsa. Jeudi 3 mars, dans la matinée, son syndicat accueillera l’ensemble des centrales pour une nouvelle réunion intersyndicale.

«Nous allons continuer à travailler pour identifier les demandes que nous pouvons porter ensemble et comment nous pourrons les appuyer par des actions», explique Bérille. Pas question, donc, de se limiter à la nouvelle phase de concertation proposée par le gouvernement. «Il faut aussi qu’on donne la possibilité aux gens de s’exprimer, car dans les entreprises, il y a de la frustration, de la colère», poursuit le syndicaliste. De quoi concurrencer l’intersyndicale proposée, le même jour, mais au cours de l’après-midi, par la CGT, afin de planifier la journée du 31 mars.

Amandine Cailhol

«Baron noir» : un air de déjà-vu

Un député du Nord déboule dans l’Assemblée nationale vêtu d’un bleu de travail et de sa cravate (réglementaire). «La gauche, c’est moi», martèle en substance Philippe Rickwaert dans l’hémicycle, défiant le gouvernement et avec lui le Président de la République, qui vient de lancer un plan Education annoncé comme la pierre angulaire de son quinquennat, mais qui oublie les filières professionnelles. La scène, jouée par Kad Merad dans Baron noir, semble inédite. On la suppose fabriquée de toutes pièces par les scénaristes de la série, Jean-Baptiste Delafon et Eric Benzekri. Mais les fins connaisseurs en politique ont reconnu sous les traits de Rickwaert le député communiste de l’Oise, Patrice Carvalho, qui avait fait sa rentrée parlementaire de 1997 dans sa tenue d’ouvrier. Le reste est fanstasmé, le clin d’œil à la réalité s’arrête là : une fois sa question posée, le député PS part dans un dialogue musclé avec le Premier ministre… impossible à observer lors d’une vraie séance de «QAG» puisque le micro est coupé au député une fois sa question posée…

Baron noir est avant tout une fiction, même si Benzekri connaît bien les coulisses de la politique, lui qui fut longtemps militant au PS, proche de Julien Dray et passé par le cabinet de Jean-Luc Mélenchon du temps où il était ministre délégué à l’Enseignement professionnel. «Toute ressemblance avec des personnes ou des événements existants ou ayant existé ne serait que pure coïncidence», avait d’ailleurs prévenu Fabrice de la Patellière, prudent directeur de la fiction sur Canal +, à son lancement. Mais sous ses airs de divertissement, la série de la chaîne cryptée, qui s’achève lundi soir, relate aussi des situations passées bien réelles, et quelques affaires qui ont entâché ces dernières années la cinquième République. Difficile de ne pas penser à François Mitterrand quand Philippe Rickwaert parle du Président comme du «Vieux», expression qu’utilise Mélenchon encore aujourd’hui. L’ancien ministre socialiste cite aussi souvent cette phrase qu’il dit empruntée à Mitterrand et utilisée par Amélie Dorendeu, première secrétaire fictive du PS dans la série et incarnée par Anna Mouglalis : «Pour prendre la France, il faut une armée de 100 soldats prêts à mourir pour elle.»

À lire aussi notre portrait d’Eric BenzekriEric Benzekri à bonne école

Et comment ne pas penser à Claude Guéant et l’affaire des tableaux néerlandais lorsque le président Francis Laugier (Niels Arelstrup) tente de dissimuler un détournement de fonds par la vente d’un piano de collection à son cousin ? Le financement d’une campagne électorale à coups de détournement de fonds public impliquant un office HLM dirigé par un maire socialiste dont les locataires sont encartés au PS et servent à plier les congrès ou les primaires, des entreprises «cotisant» pour boucher les trous de l’établissement public en échange de futurs marchés… welcome back dans les années 1990 et les affaires de financement des partis politiques – Urba, Sagès … – qui ont touché le PS.

La nuit passée par les employés de la mairie PS de Dunkerque, tombée à droite, à détruire des documents compromettants, peut aussi avoir des airs de déjà-vu pour qui a vécu une élection locale. Certains ministres de François Hollande n’ont-ils pas retrouvé, en 2012, leurs bureaux sans ordinateurs mais aussi sans ampoules, les tableaux décrochés du mur et la cave vidée ?

Même chose pour la campagne électorale : «Le chewing-gum au bout du cintre en fer pour retirer les tracs des partis concurrents dans les boîtes aux lettres», ça existe, assure le maire Les Républicains de Tourcoing, Gérald Darmanin, qui confesse l’avoir pratiqué lui-même quand il était jeune militant dans le Nord. Où parfois un «bordel» pouvait être organisé dans certains bureaux de vote pour faire invalider une élection. Dans Baron noir, il s’agit d’une bagarre et de l’arrachage d’une feuille d’émargement, dans la réalité, certains dirigeants politiques évoquent des dépouillements dans des bureaux perdus d’avance avec des mines de crayon cachées sous les ongles, ou des morceaux de lard planquées sous les tables, pour tâcher les enveloppes.

Une série «réaliste»

Les manœuvres de Rickwaert dans le mouvement lycéen de la série rappellent aussi celles de certains dirigeants socialistes, en particulier le député de l’Essonne Julien Dray, co-fondateur de SOS Racisme et qui avait la main sur l’Unef et le syndicat lycéen Fidl. Ne dit-on pas que c’est lui qui était derrière les manifestations étudiantes et lycéennes de 1990 contre la réforme de l’Education de Lionel Jospin ? Le futur Premier ministre a toujours reproché à Dray d’avoir attisé en coulisses la contestation pour mieux permettre à Mitterrand de se poser en conciliateur avec la jeunesse. Le recrutement du jeune Mehdi Fateni pour en faire un futur cadre du parti peut ainsi faire penser aux débuts en politique, aux côtés de Dray, de Malek Bouthi et de Delphine Batho, tous deux proches d’un des deux scénaristes.

Bouthi trouve la série «réaliste», mais pour Batho, le rôle de Dray (ou de Rickwaert) dans le mouvement de l’époque n’est que pure invention. «C’est lui prêter une influence qu’il n’avait pas, et qu’il n’a plus», dit la députée des Deux-Sèvres, même si l’ancienne membre de la Fidl, le concède : la façon dont les fractions politiques et les syndicats lycéens tentent d’influencer parfois les «coordinations étudiantes» est bien réelle, elle. De même que la bataille sur le parcours de la manif, imposé à dessein par le Président de la République (avec peu de CRS) dans la série pour qu’elle dégénère en vandalisme et perde sa légitimité au vu de l’opinion à cause des casseurs, «ça, je l’ai vécu en 90».

Plus que les guerres fratricides et les intrigues politiciennes, Delphine Batho voit dans Baron noir «une façon dont ce quinquennat aurait pu être différent». Par exemple, beaucoup de socialistes auraient aimé voir François Hollande aller au bras de fer avec Bruxelles comme le fait Francis Laugier : non-respect des critères de Maastricht pour privilégier la réforme de l’Education, refus catégorique de payer les sanctions financières imposées par les voisins européens, pousser la Commission et l’Allemagne à la renégociation des traités en construisant un rapport de force supra-national au Parlement européen… Batho y décèle aussi une série féministe. «Ce qui est très vraisemblable dans Baron noir, c’est la façon dont les hommes politiques veulent toujours diriger les femmes. L’histoire de la série, c’est aussi la façon dont les femmes se libèrent de cette tutelle.» On n’en dira pas plus, pour ne pas «spoiler» une fois de plus la fin de cette première saison, mais à voir l’ancienne adjointe de Rickwaert, Véronique Bosso, humiliée par la municipale perdue à Dunkerque, et la Première secrétaire du PS Amélie Dorendeu, infantilisée à chaque épisode par le chef de l’Etat, reprendre les rènes du pouvoir aux derniers instants de la série, on ne peut pas lui donner tort.

 

Lilian Alemagna , Tristan Berteloot

Oscars 2016 : Chris Rock ironise sur les #OscarsSoWhite

Faire rire pour faire comprendre : voici la tactique de Chris Rock, maître de cérémonie des Oscars 2016 pour évoquer la polémique « Oscars So White ». Dans un véritable sketch, l’humoriste, acteur, réalisateur et producteur de 51 ans a tourné en dérision la question de l’absence d’afro-américains parmi les nominés et l’appel au boycott de Spike Lee, de Jada Pinkett Smith et de son époux Will Smith, du réalisateur Mickael Moore, ou bien encore du rappeur Snoop Dogg.

Chris Rock a présenté des séquence truquées de films où il s’était « incrusté (dans « The revenant », « The Danish Girl » ou « Seul sur Mars », pastiche dans lequel il réclame désespérément son rapatriement sur terre) :

Some of @ChrisRock’s favorite deleted scenes. #Oscarshttps://t.co/TwhpqMEfdK

— The Academy (@TheAcademy) 29 février 2016

Mais il s’est aussi lancé dans un état des lieux ironique de la situation des Noirs dans le cinéma américain. Et ce fut une pluie de grenades hilarantes :

Je suis ici aux Oscars, connus aussi comme les récompenses attribuées par les Blancs. Vous réalisez que s’ils nominaient les présentateurs, je n’aurais même pas eu ce job ! Vous seriez en train de regarder Neil Patrick Harris (acteur blanc qui avait présenté les précédents Oscars, NDLR), en ce moment. C’est la cérémonie la plus folle à présenter en raison de cette polémique. Aucun noir nominé. »

Pour autant, il se justifie de ne pas avoir boudé la cérémonie : « Les gens me disaient : ‘Chris tu devrais boycotter. Chris tu devrais démissionner (…)’ Comment se fait-il qu’il y ait seulement des chômeurs qui vous disent de démissionner ? (…) Alors j’ai pensé à démissionner. J’y ai pensé très sérieusement. Mais je me suis dit, ils vont quand même organiser les Oscars. Ils ne vont pas les annuler simplement parce que j’ai abandonné. Et la dernière chose dont j’ai besoin c’est de perdre un autre job face à Kevin Hart (humoriste et comédien noir, NDLR). »

Et d’ajouter plus tard :

Jada Pinket-Smith qui boycotte les Oscars, c’est comme si je boycottais la culotte de Rihanna : je n’y étais pas invité. »

De plus en plus grinçant, Chris Rock refait le film de la protestation et les relativise avec ces mots : « C’est la 88e Academy Awards. Ce qui veut dire que cette histoire d’aucun noir nominé s’est déjà produite au moins 71 fois. (…). Je suis certain qu’il n’y avait pas de noirs nominés en 62 ou 63. Et les Noirs ne protestaient pas. Pourquoi ? Parce qu’on avait de vraies choses contre lesquelles protester en ces temps- là. On était trop occupés à être violés ou lynchés pour se préoccuper de qui était le meilleur directeur de la photo. Quand ta grand-mère pend sous un arbre, c’est vraiment dur de s’intéresser au meilleur court-métrage documentaire étranger. »

A son avis, « si vous voulez des nominés noirs tous les ans, vous devez créer des catégories pour noirs (…). Vous en avez déjà pour les hommes et les femmes, réfléchissez-y. Il n’y a pas de raison valable d’avoir une catégorie du meilleur acteur et de la meilleure actrice (…). Si vous voulez des Noirs tous les ans, créez des catégories pour eux, comme le ‘Meilleur ami noir’.

Black Rocky

Et tandis que Sylvester Stallone (reparti bredouille dans la catégorie second rôle pour sa prestation dans « Creed: l’héritage de Rocky Balboa ») était dans la salle, Rock a encore ironisé sur la même thématique !

Les choses changent, on a eu un black ‘Rocky’ (Michael B. Jordan, NDLR) cette année. Oui, certains l’appellent Creed (…). ‘Rocky’ se passe dans un monde où les athlètes blancs sont aussi forts que les athlètes blancs. Donc ‘Rocky’ est un film de science- fiction. Il y a des choses qui se déroulent dans ‘Star Wars’ qui sont plus crédibles que celles qui se passent dans ‘Rocky’, OK ? »

Mais le présentateur de ces Oscars 2016 a ajouté quelques petites phrases plus sérieuses, comme ce « Nous voulons des opportunités. Nous voulons que les acteurs noirs aient les mêmes opportunités. » Ou encore : « La vraie question (…) c’est: est-ce qu’Hollywood est raciste? (…) Bien sûr ! Mais ce n’est pas le racisme auquel on est habitué. C’est un racisme de cercle ».

Jean-Frédéric Tronche

VIDEO. Oscars 2016 : Lady Gaga chante pour les victimes de viols

Lady Gaga n’a pas remporté d’Oscar mais a ravi les cœurs du Dolby Theater. Avec son interprétation de « Til it Happens to You », thème du film documentaire « The hunting ground », la Mother Monster a gagné une standing ovation et arraché des larmes à Kate Winslet ou encore Rachel McAdams.

Si l’Oscar de la meilleure chanson originale est finalement revenu à « Writing’s on the Wall » de Jimmy Napes et Sam Smith (B.O. de « 007 Spectre »), Lady Gaga est en effet sortie avec les honneurs de la cérémonie. S’accompagnant au piano, la chanteuse de 29 ans a interprété ce titre coécrit avec Diane Warren qui illustre « The hunting ground »(« Le terrain de chasse »), doc’ consacré aux agressions sexuelles commises sur les campus américains.

Victimes

Précédée par un discours du vice-président Joe Biden qui exhorte à un changement de « culture », cette performance a connu son acmé émotionnelle lorsque des victimes d’abus sexuels ont rejoint Lady Gaga sur scène, arborant des inscriptions sur leurs avant-bras telles que : « Survivant », « Ce n’était pas ma faute » ou encore « Ça m’est arrivé ».

Peu avant cette prestation, Stefani Germanotta de son vrai nom, avait adressé un tweet à la chanteuse Kesha, victime présumée d’un viol commis par son producteur Dr Luke :

Kesha, je penserai à toi ce soir. Ce n’est pas terminé, on se tiendra à tes côtés jusqu’à ce que tu sois libre de vivre une vie heureuse. Tout le monde le mérite »

.@kesharose I’ll be thinking of u 2nite. This is not over we’ll stand by u until you are free to live a HAPPY life. Everyone deserves that.

— Lady Gaga (@ladygaga) 28 février 2016

Une dédicace d’autant plus sincère que Lady Gaga avait elle-même été victime d’agression sexuelle, comme elle l’avait révélé en 2014.

Jean-Frédéric Tronche

Face à la crise agricole, les réponses évasives du monde politique

Soyez-en certain : les agriculteurs, les politiques les ont compris. A la question «Comprenez-vous cette colère ?», c’est l’unanimité. Florilège : «Oui, je comprends cette colère, je comprends ce qu’il se passe» (Jean-Vincent Placé, nouveau secrétaire d’Etat, lundi, sur France 2) ; «La colère agricole, on ne peut que la comprendre» (Florian Philippot, interrogé par Public Sénat) ; «Mais comment ne pas la comprendre ?» (David Cormand, secrétaire national intérimaire d’Europe Ecologie-les Verts) ; le député LR Christian Jacob évoque une crise «qui dure et d’une violence inouïe pour les producteurs».

Multipliant les pistes de recherche, les représentants politiques présents ce matin dans les médias ont pourtant peiné à avancer des propositions consistantes et détaillées pour tirer le secteur agricole d’une crise profonde.

Alors que les agriculteurs, «débordés par la paperasse», dénoncent notamment des «contraintes administratives insupportables», le néo-secrétaire d’Etat en charge de la Réforme de l’Etat et de la Simplification, Jean-Vincent Placé, fait partie des mieux placés pour aider les agriculteurs.

Pour l’ancien président du groupe écologiste au Sénat, «le cœur du débat» se situe dans «la crise de production, de surproduction, et donc la baisse de prix des cours mondiaux».

S’il n’explique pas comment la France pourrait faire entendre sa voix sur le sujet, Jean-Vincent Placé semble convaincu que les progrès viendront des réformes déjà initiées par le gouvernement : «Il y a des solutions nationales ; elles ont été mises en place par le Premier ministre et par Stéphane Le Foll [ministre de l’Agriculture]. C’est la question des aides d’urgence – 700 millions [d’euros, à l’été 2015, ndlr], c’est la question de la baisse des cotisations sociales et c’est aussi l’accélération du paiement des aides. […] La réalité, c’est la parole politique, ce sont les actes et dans quels délais on peut essayer d’aider ceux qui sont en difficulté.» Une interprétation visiblement à rebours de celle des agriculteurs qui, après François Hollande samedi, ont réservé un accueil glacial à Manuel Valls lundi.

«Traité transatlantique»

Prompt à fustiger «les responsables politiques de droite et de gauche [qui] arpentent ce salon pour ne rien annoncer de nouveau», Florian Philippot n’a pour autant, lui non plus, pas apporté davantage de réponses précises à la crise actuelle.

Au cours de neuf minutes d’interview consacrées à la seule question agricole, le vice-président du Front national a largement pointé du doigt – outre l’action des gouvernements successifs – le rôle de «Bruxelles», «la suppression des quotas laitiers» et le «traité transatlantique». Mais, en panne de solutions, il n’oppose qu’un hypothétique «coup de pouce à la production française» via la «mise en place d’un patriotisme agricole» dont il ne précise pas les modalités.

(à partir de 0’40 » sur la vidéo)


Pour sa part, David Cormand reconnaît que son parti, Europe Ecologie-les Verts, peine à se faire entendre du monde paysan : «Il y a parfois une incompréhension entre le projet écologiste et celles et ceux qu’il pourrait aider. Pourquoi ? Parce qu’il y a des inerties dans la société […] et, pour des gens qui sont déjà prisonniers d’un système et qui le vivent mal, leur dire en plus de changer, c’est très dur à entendre.»

Au micro de France Info, David Cormand a appelé à «un deal gagnant-gagnant avec les agriculteurs», qui permettrait la transition «d’une agriculture industrielle à une agriculture paysanne», sans davantage de précisions. Et de répéter : «Le salut n’est que dans le changement.»

(à partir de 2’15 » sur la vidéo)

Plusieurs fronts

Pour penser le renouveau de l’agriculture française, y aurait-il finalement mieux placé que Christian Jacob ? Le président du groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale, lui-même ancien exploitant agricole, était l’invité de France Inter ce matin.

S’il a parfaitement résumé la situation à travers son cas personnel (le lait se vendait plus cher dans les années 80 qu’actuellement, alors que les charges se sont depuis multipliées pour les producteurs), noté le manque de réactivité du gouvernement face à la crise, le député de Seine-et-Marne est pourtant resté aussi flou que ses homologues.

Peut-être parce qu’il n’y a, dans l’immédiat, pas de solution claire et simple à apporter aux agriculteurs ? «Il n’y a pas la réponse clé qui va permettre de tout résoudre, et donc il y a plusieurs fronts. Il faut effectivement agir sur le plan national, sur le plan européen, sur la préparation des accords internationaux… Et tout ça justifie effectivement une explosion des agriculteurs et un sentiment de détresse affreux.»

Sylvain Moreau

Comment Facebook permet de savoir si vos amis dorment bien la nuit

Depuis plusieurs jours, j’espionne mes amis Facebook. Ce qui m’intéresse : ce qu’ils font de leur nuit. Au matin de la deuxième journée de l’expérience, les données du réseau social que j’exploite m’indiquent que Maxime* s’est couché à 2h53 et s’est levé à 7h33. Il a donc dormi moins de cinq heures cette nuit. Sans un bonjour, j’engage la discussion sur Messenger d’un «ça va pas trop fatigué ? Tu as peu dormi cette nuit, non ?» Je poursuis : «Tu as fait une insomnie ?» Il concède : «Effectivement insomnie du siècle.» Avant de conclure: «Le mec est sur un papier pour Libé où il espionne ses potes grâce à une nouvelle technologie inconnue de tous, je le sens.»

Les informations d'activité de notre contact insomniaqueLes informations d’activité de mon contact insomniaque

A Gregory*, qui s’est levé étonnamment tôt, je lance, énigmatique : «Pourquoi tu t’es levé à 6h33 ce matin?» Ce à quoi il me rétorque sérieusement «Comment tu sais ? Tu m’as piraté ?» Puis, empli de certitudes, «ah, tu exploites les failles de sécurité de Facebook, petit malin !».

Non, je n’exploite ni une faille de sécurité, ni une nouvelle technologie inconnue de tous. Je mets à profit les données que les utilisateurs livrent quotidiennement au réseau social sans trop y prêter attention et qui sont rendues publiques au cercle d’amis. Souvenez-vous en 2014 lorsque Facebook nous a imposé d’installer Messenger pour pouvoir converser sur nos téléphones. La plateforme en a profité pour afficher la dernière période d’activité connue de nos contacts. Ainsi, si l’un de mes amis a été actif il y a dix minutes, il sera inscrit à droite de notre écran en face de son nom : «10min.». C’est ce temps qui me permet de tracer mes proches.

Facebook, «un moyen de se détendre le soir»

En récoltant et agrégeant automatiquement toutes les 10 minutes ce temps d’activité affiché par Messenger grâce à un outil récupéré sur Github (une plateforme de partage pour les développeurs), il m’est donc possible d’observer le comportement de mes amis sur le réseau social. A chaque fois que l’un d’entre eux se connecte, je collecte cette information. Qui s’y rend sur son temps de travail ? Qui s’y connecte tard le soir ou tôt le matin ? Facebook le sait, moi aussi.

Très rapidement, je m’attache à observer les cycles de sommeil de mes contacts, par déduction. Il me suffit pour cela de m’intéresser à la longue période d’inactivité nocturne en partant du principe que, grâce aux applications Facebook, le réflexe quotidien de beaucoup d’utilisateurs est de s’y rendre au coucher et au lever. «C’est un moyen de flâner et de se détendre le soir. Le matin, c’est une façon de se réveiller en douceur», m’explique l’un de mes amis. Si l’un d’entre eux se connecte au réveil, il se montre actif sur le réseau, ce qui m’envoie une indication quant à son rythme de vie.

De celui qui se lève tôt pour travailler, à celui qui a fait la fête la veille, lorsque j’ai cherché à vérifier mes informations auprès de mes contacts, j’étais souvent dans le juste. Ainsi, au bout de plusieurs jours, en comparant les cycles de sommeil quotidiens il m’est possible de constater qui s’est levé plus tôt qu’à son habitude, qui a veillé tard la veille, lequel est un gros dormeur, en vacances, ou n’a probablement pas entendu son réveil sonner. C’est encore plus flagrant le week-end, où les fêtards se connectent en sortie de soirée.

Le week-end d’un de mes amis fêtard

De l’espionnage conjugal au bored out

Chaque fois que j’ai demandé à l’un de mes contacts de confirmer son activité sur Facebook, il l’a aussi pris pour une violation de sa vie privée. Le genre d’opération qui ne serait rendue possible que par le biais d’un outil superpuissant, ou avec l’aide d’un hacker au masque blanc. Et pour cause, Facebook s’est bien introduit dans notre vie la plus intime. Après une semaine d’observation, ma connaissance du rythme de vie de mes contacts est devenue presque totale du moins pour les plus actifs. Samuel*, un autre de mes amis, dont le désir de changer d’emploi se fait de plus en plus pressant, y est connecté à longueur de journée d’après les données que je récolte. En se fiant à ses temps d’inactivité, j’ai pu analyser l’heure à laquelle il quitte le travail (aux alentours de 18h), mais aussi celle à laquelle il prend sa pause déjeuner. Confronté à ces observations, il avoue que Facebook est un peu devenu sa distraction face à l’ennui quotidien, sans trop comprendre qu’il peut être tracé.

L'activité de notre ami Facebook qui s'ennuie au bureau

L’activité de mon ami Facebook qui s’ennuie au bureau

En collectant ces métadonnées, il devient évident que le réseau social de Mark Zuckerberg possède de nombreuses informations sur notre vie quotidienne. Avec l’introduction récente des émotions en plus du «j’aime», la plateforme prouve bien qu’elle cherche à en savoir toujours plus sur ses utilisateurs. Bien sûr, chacun d’entre eux en a conscience, car c’est le contrat implicite dans l’utilisation de Facebook : y être, c’est accepter de dévoiler sa vie privée. Les données d’activité de la messagerie ne sont pas inquiétantes pour la plupart des internautes présents sur le réseau, il n’y a d’ailleurs jamais eu de mouvement de protestation important depuis que cette fonctionnalité a été introduite. Ce qui l’est en revanche, c’est l’utilisation que l’on peut en faire. Que l’on puisse observer le dernier temps de présence d’un de nos amis sur Facebook est anodin. Si ces données sont récupérées et agrégées les unes aux autres, cela devient intrusif. Au fil de l’expérience, mes contacts mis au courant m’interrogent dans un mélange de curiosité et d’inquiétude : «Tu m’espionnes là?» Comme si le fait d’incarner personnellement la récolte de ces données d’activité leur faisait soudainement prendre conscience de la masse d’information quotidienne qu’ils livrent au réseau.

Lorsque je décris ce travail à l’un de nos contacts, il me confie bien connaître cette fonctionnalité de Facebook Messenger. Sans pour autant procéder à une récolte automatique de ces données comme nous l’avons fait, il s’en sert ponctuellement pour espionner sa copine qui réside dans une autre ville, afin de voir quand elle se couche : «Un jour, elle m’a dit qu’elle allait se coucher à 22h30. Je l’ai cru, mais à 1h30 du matin alors qu’elle ne répondait plus à mes SMS depuis quelques heures, j’ai vu qu’elle avait été active il y a deux minutes. J’en ai déduit qu’elle ne voulait pas me répondre donc, ou qu’elle devait être occupée à autre chose… Ça nous a valu une dispute.»

Pour Soren Louv-Jansen, le développeur de l’outil, que j’ai contacté, il est important que les utilisateurs prennent conscience de laisser des traces sur Facebook: «La plupart d’entre eux pensent qu’ils sont « invisibles » tant qu’ils ne postent pas de contenu. Mais ils ne sont pas. La seule façon qu’ils en prennent conscience, est de leur faire une démonstration choc. Je pense que de leur montrer que « vos amis Facebook savent quand vous dormez » en est une.» Selon le Washington Post, les responsables de la plateforme n’auraient pas apprécié l’initiative du développeur.

Afin d’éviter de livrer ces informations à la plateforme de Mark Zuckerberg, il est important de toujours s’assurer d’être «hors ligne» dans Messenger lorsque l’on utilise un ordinateur (en bas à droite, cliquez sur la molette), même si selon Soren Louv-Jansen, cela ne résoudra pas complètement le problème. Sur smartphone, il faut en revanche privilégier l’utilisation du site mobile – qui a par ailleurs l’avantage d’utiliser moins de ressources, plutôt que de l’application dédiée. Il existe surtout une ultime solution, bien plus radicale : ne pas utiliser Facebook.

* Les prénoms ont été modifiés

Gurvan Kristanadjaja