L’hémorragie des écolos se poursuit

La plaie est grande ouverte. Après le choix fait samedi, à près de 75%, par les militants écologistes du Nord-Pas-de-Calais-Picardie de partir aux régionales de décembre sans le PS, mais avec tout ou partie du Front de gauche, la lente hémorragie d’élus au sein d’Europe Ecologie-Les Verts (EE-LV) va se poursuivre. Dans le sillage des présidents de groupes parlementaires, Jean-Vincent Placé (Sénat) et François De Rugy (Assemblée nationale), partis fin août en pleine université PS de La Rochelle, c’est au tour de la trésorière nationale du parti, Marie-Pierre Bresson, et de Christophe Rossignol, ancien membre de la direction, de claquer la porte d’EE-LV.

Dans un mail envoyé aux adhérents et que Libération s’est procuré, Marie-Pierre Bresson, adjointe à Lille auprès de Martine Aubry, annonce qu’elle «par[t]», écœurée du choix des siens de tourner le dos à l’union de la gauche dès le premier tour malgré le risque Front national dans cette grande région du Nord. «Mon engagement politique puise ses origines dans ce combat contre le FN. Il précède EE-LV et ne s’y est pas dissous, écrit-elle. Je pars, mais en réalité, c’est EE-LV qui s’éloigne et me quitte.» Car pour cette professeure dans un lycée de Lille-Sud, qui a adhéré aux Verts il y a quinze ans, le choix de s’allier avec le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon, qui «rejette tout préalable en vue du second tour», c’est se «constitu[er] prisonniers volontaires». «Je m’y refuse. Les errements de cette alliance vont conduire à une hésitation au second tour», se désole-t-elle.

«Tragédie»

Proche de Jean-Vincent Placé, actuellement conseiller régional dans la région Centre et numéro 4 cette année sur la liste EE-LV en Ile-de-France, Rossignol dénonce, lui, «la lente agonie d’EE-LV». «Aujourd’hui en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, demain sans doute en Paca, deux régions où le FN peut gagner, quelques dizaines d’adhérents ont décidé de mettre en place une stratégie mortifère de désunion qui risque pour des millions de personnes de se transformer en tragédie», balance-t-il dans sa lettre de démission citée par Le Parisien.

Ces deux nouveaux départs, certes moins forts que ceux de De Rugy et Placé, illustrent la lente désagrégation du parti écologiste. A trois mois des régionales, d’autres responsables locaux, en désaccord avec le choix d’alliance avec tout ou partie du Front de gauche dès le premier tour en décembre, pourraient ainsi les imiter et taper à la porte des listes socialistes. A l’Assemblée nationale, le groupe écologiste – qui ne s’est pas réuni depuis le départ de De Rugy – devrait se déchirer à son retour à Paris cette semaine. Barbara Pompili, élue de Picardie, pourrait annoncer son choix de quitter EE-LV.

Duflot à la manœuvre ?

Que deviendrait alors ce groupe ? De Rugy et Pompili ont transmis des propositions de règles de bonne conduite à leurs collègues pour maintenir le groupe en l’état, avec liberté totale de vote. Mais l’appel lancé vendredi dans Libération d’un nouveau groupe «rouge-rose-vert» pourrait faire exploser l’actuel, si Cécile Duflot décidait d’y embarquer ses proches. «Je pense qu’on arrivera à garder un groupe, dit un membre de la direction. C’est trop important pour les députés qui n’ont que ça. Mais Cécile essaie quand même de tout faire péter.»

Au Sénat, c’est la sénatrice du Val-de-Marne Esther Benbassa qui a lancé l’offensive anti-Placé. Dans une pétition, elle demande que son camarade de l’Essonne ne soit plus président du groupe, puisqu’il n’est plus membre d’EE-LV. Cette «clarification», dont se félicitent les proches de Cécile Duflot, prend la forme d’une douloureuse décantation : les plus à droite du parti, favorables à un retour des écologistes au gouvernement, devraient petit à petit se regrouper au sein du nouveau parti créé par De Rugy et Placé – «Les écologistes !» – et faire partie d’une Union des démocrates et écologistes (UDE) fondée par d’anciens Verts et anciens Modem, comme Jean-Luc Bennahmias. Une lente décomposition.

 

Lire l’intégralité du mail envoyé par Marie-Pierre Bresson, trésorière de EE-LV et adjointe à la maire de Lille, aux adhérents écologistes, le 13 septembre :

«Chères toutes, chers tous,

Les Anglais ont cette jolie formule pour ne pas céder à la première impulsion : «sleep on it». Le lendemain pourtant, c’est pareil.

Je pars. Ni facilement, ni légèrement et pas de gaîté de cœur, mais je pars.

J’étais lycéenne à quelques kilomètres de Dreux quand, en 1983, Jean-Pierre Stirbois y est devenu adjoint FN, avec la complicité du RPR. J’étais rue Monsieur le Prince à Paris le 5 décembre 1986 quand Malik Oussekine a été tué. Je n’ai jamais oublié qu’il était mort parce qu’un ministre de l’Intérieur fonçait derrière le FN avec ses voltigeurs motorisés. Spontanément descendue dans la rue en avril 2002, je n’ai eu aucune hésitation à voter Chirac.

Mon engagement politique puise ses origines dans ce combat contre le FN. Il précède EE-LV et ne s’y est pas dissous. 30 ans que ça dure. Il y a 15 ans, j’ai fait le choix de m’engager avec enthousiasme dans un parti écologiste prometteur, et je ne crois pas avoir ménagé mes efforts pour contribuer à son développement. Nous étions un beau collectif, avec des projets à foison et des réussites obtenues les unes après les autres, grâce à cette science du compromis qui est notre incomparable talent. Nous étions aussi inventifs et audacieux que sérieux et opiniâtres. Notre turbulente démocratie interne – parfois fatigante – était l’expression bruyante de notre richesse et de notre vitalité, lesquelles renouvelaient enfin une offre politique terne et anachronique.

Il y a eu d’éclatants succès – pléthore d’éluEs locaux, des groupes parlementaires nationaux et européen élaborant des politiques publiques ambitieuses – et des rendez-vous ratés. Le choix de la présidentielle nous a fait trébucher ; en claquant la porte, nos ministres ont achevé de nous faire tomber. Mois après mois, demi-succès électoral après semi-échec électoral, nous nous asséchons. Le monde n’a jamais eu autant besoin d’écologie, mais nous avons abandonné l’écologie.

Ce qui est à l’œuvre aujourd’hui en Nord-Pas-de-Calais-Picardie ne me convient pas. Nous n’y avons pas recherché tous les moyens d’un indispensable accord de premier tour ; toute légitime qu’elle soit, nous nous arc-boutons sur une critique nationale au lieu de valoriser un copieux bilan régional et rendons hypothétique l’accord de deuxième tour.

Tout cela ne serait pas si grave si n’étaient concernés que les 600 adhérents EE-LV de la grande région NPDC Picardie, mais ce sont ses 6 millions d’habitants qui vont souffrir, d’abord parce que l’écologie va disparaître de la région – alors que c’est elle qui les protège –, mais aussi parce que, artisans d’une défaite annoncée, nous courons le risque de livrer la région à la droite ; pire, à l’extrême droite.

Celui que nous choisissons comme partenaire privilégié, le PG, rejette tout préalable en vue du second tour. Nous nous sommes constitués prisonniers volontaires. Je m’y refuse. Les errements de cette alliance vont conduire à une hésitation au second tour, donc c’est non. Avec le FN en embuscade, la première fraction de seconde d’hésitation est coupable.

Je suis professeure dans un lycée de Lille Sud, je m’efforce de donner à mes élèves des clés pour comprendre le monde. Avec d’infinies précautions, je recolle avec eux les morceaux épars de la République. Je veux que mes élèves continuent à ressembler au monde entier et pouvoir accueillir les prochains en provenance de Syrie, d’Irak ou de Libye. Je ne veux pas que Marine Le Pen puisse décider de l’avenir de ces lycéens, je ne veux pas de cet éléphant au milieu de mes porcelaines fines.

Le vote de l’AG d’EE-LV contient ce risque. C’est non. Je pars, mais en réalité, c’est EE-LV qui s’éloigne et me quitte.

Écologiquement vôtre,

Marie-Pierre Bresson.»

Lilian Alemagna

L’indemnité vélo devrait tourner autour de 12 à 15 centimes par km, d’après Ségolène Royal

L’indemnité kilométrique vélo, un mécanisme pour inciter les salariés à se rendre au travail à vélo, pourrait être fixée aux environs de 12 à 15 centimes par kilomètre, a indiqué dimanche la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal devant le «Grand Jury» RTL/LCI/Le Figaro. «Je pense que cela devrait tourner aux environs de 12 à 15 centimes», a déclaré Mme Royal qui a toutefois précisé que le dispositif était toujours en discussion et qu’il ferait l’objet d’un décret. Pour un trajet quotidien de 5 km matin et soir, l’indemnité journalière s’éleverait donc à 1,5 euros en partant sur la base de 15 centimes par kilomètres.

Comme Libéle rappelait cette semaine, la loi relative à la transition énergétique a introduit cet été l’indemnité kilométrique vélo (IKV) permettant la prise en charge par l’employeur de «tout ou partie des frais engagés par ses salariés se déplaçant à vélo ou à vélo à assistance électrique entre leur résidence habituelle et leur lieu de travail». Et qui n’est donc toujours pas appliquée. L’objectif de cette mesure est d’augmenter la part de la bicyclette dans nos trajets quotidiens (moins de 3 % aujourd’hui au niveau national).

Ségolène Royal a rappellé qu’une expérience menée l’an dernier auprès de 8.000 salariés avait «très bien fonctionné» avec un triplement de la part de ceux  utilisant ce mode de transport pour aller de leur domicile à leur travail. Les entreprises volontaires avaient accepté d’octroyer une indemnité de 25 centimes net par kilomètre parcouru en vélo par leurs salariés. L’indemnité devrait en principe être exonérée de cotisations sociales, dans la limite d’un montant fixé par décret. Pour les salariés, elle pourrait être déductible de l’assiette de l’impôt sur le revenu.

Où est passé l’indemnité kilomètrique vélo ?

LIBERATION avec AFP

Adam Laloum : clavier bien inspiré

La silhouette longiligne jusqu’au bout des doigts, presque fragile, le vêtement à peine apprêté quand il entre sur scène, Adam Laloum n’a pas l’attitude d’un conquérant. Et lorsque les derniers accords résonnent sous ses mains, il a le salut modeste, encore étonné de susciter tant d’enthousiasme. Le public, séduit, loue son jeu nuancé et intense, son timbre poétique qui force l’admiration.

Originaire de Toulouse, le pianiste de 28 ans récolte des lauriers et affirme sa singularité au milieu de la pépinière de virtuoses de sa génération. Chambriste, en récital ou avec orchestre, il est de tous les festivals qui comptent et ses disques collectionnent les récompenses (> voir sa discographie). Le prochain album Schubert – Schumann a été enregistré cet été.

Pourtant sa rencontre avec le piano a bien failli être contrariée. Il n’a que six ans quand un professeur décrète qu’il n’est pas fait pour le clavier. Mais le bel instrument trône toujours à la maison, joué par le grand frère Tom, et la légende familiale raconte qu’une tante musicienne amatrice lui redonne le goût du piano.

Avec quelques notions de solfège, l’enfant fait ses premières gammes en autodidacte, déchiffrant toutes les partitions à portée de main, avant de ressentir, à dix ans, le besoin d’aller plus loin et de prendre au sérieux cet objet de désir. Commence alors un parcours classique d’instrumentiste : direction le conservatoire de Toulouse, avant d’intégrer à 15 ans le Conservatoire national supérieur de Musique et de Danse de Paris.

Mais c’est après ses années de formation, qu’il va réellement apprendre en quoi consiste le métier de musicien, notamment en côtoyant des professeurs pour lesquels il a la plus vive reconnaissance : Daria Hovora, Claire Désert, qui le fait jouer en petits concerts privés, Jean-Claude Pennetier, rencontré lors de l’Académie Maurice Ravel qui lui dévoile l’importance de se donner entièrement à son art et Evgeni Koroliov dont il suit régulièrement l’enseignement à Hambourg.

« Il ne brûle pas les étapes »

C’est en jouant le 24ème concerto en ut mineur de Mozart, qu’Adam Laloum remporte en 2009, le prestigieux concours Clara Haskil qui fait la part belle aux musiciens plutôt qu’aux virtuoses, le propulsant comme par surprise sur le devant de la scène. Voilà ce qui rend le jeu d’Adam Laloum si particulier : un mélange de force et de tendresse, de puissance et de délicatesse, d’urgence et de contrôle ; sans esbroufe, sans effet de manche, tout en simplicité et subtilité.

D’année en année, le jeune homme discret et attachant gagne en assurance et en légèreté. Il cache sous une apparence juvénile une tête bien faite et une grande maturité d’esprit. René Martin, directeur artistique du festival de la Roque-d’Anthéron et fondateur du label Mirare, atteste :

Adam a cette richesse qu’on doit avoir quand on mène une carrière. Il ne brûle pas les étapes. Il est très lucide. Il a conscience de ce dont il a besoin sans se laisser happer par les compliments. Après chaque concert, il sait exactement comment il a joué. C’est ce qui lui permet de grandir. »

« On apprend de tout le monde »

La vie d’un concertiste est rude, confesse Adam Laloum : « Il faut être fort mentalement, savoir prendre du recul et s’endurcir pour gérer la pression des concerts qui se suivent avec des programmes très différents, tout en gardant l’exigence artistique. Si l’on n’est pas bien organisé, on peut se retrouver dans des situations très difficiles ». Les moments de pause sont rares. Pas facile de jouir d’un temps libre sans culpabiliser. « Quand on est musicien, on n’a jamais l’esprit tranquille, et la culpabilité est un frein à l’épanouissement ».

L’artiste a toujours développé un penchant pour la musique de chambre qu’il cultive avec bonheur. Avec deux amis du Conservatoire, la violoniste Mi-Sa Yang et le violoncelliste Victor-Julien Laferrière, il fonde en 2012 le trio Les Esprits qui se produit régulièrement en concert :

J’aime cette idée du collectif qui nous empêche de nous centrer sur notre propre nature, nos petites angoisses personnelles. C’est important de côtoyer d’autres musiciens. On apprend de tout le monde. Jouer avec quelqu’un d’autre, ça ouvre l’esprit et l’on se ressource ».

De cette passion et d’un coup de cœur pour un village des Corbières a germé l’idée d’un festival, réunissant une quinzaine d’interprètes, Les Pages musicales de Lagrasse, dont la première édition se déroule en ce début septembre (2 au 12). Endossant le rôle de directeur artistique, Laloum s’enflamme : « C’est une belle réussite, en partie grâce à la générosité des habitants de la commune. Nous attirons chaque soir 150 personnes dans une église qui ne compte pas beaucoup plus de places ».

Quand on lui demande de raconter une de ses plus belles expériences musicales, il répond : « C’était le premier soir du festival, quand j’ai joué après avoir réglé des détails techniques et ensuite, assis dans la salle en écoutant mes amis inspirés et épanouis donner le quintette à deux violoncelles de Schubert ».

La musique, c’est avant tout cela. Des moments de partage et de dialogue entre musiciens qui s’estiment.

Lise Tiano

Discographie

2011 : Brahms, pièces pour piano. Mirare

2013 : Schumann, Grande Humoresque et sonate N°1 opus 11. Mirare

2013 : Schumann, Schubert, Brahms avec Lise Berthaud à L’Alto. Aparté

2014 : Brahms : Sonates N°1 et 2 pour Clarinette et piano ,Trio en la mineur pour clarinette, violoncelle et piano avec Raphaël Sévère et Victor-Julien Laferrière. Mirare

2014 : Trio les Esprits : Beethoven,Trio en mi bémol majeur opus 70 n°2, SchumannTrio n°3 en sol mineur opus 110 . Mirare



Dates

1987 : Naissance à Toulouse

2002 : Entrée au CNSMD de Paris dans la classe de Michel Béroff

2007 : Participe à l’Académie Maurice Ravel et obtient le prix Maurice Ravel

2009 : Premier prix du concours Clara Haskil de Vevey

2011 : Premier disque Brahms

2012 : Nominé aux Victoires de la Musique

2012 : Fonde le trio « Les Esprits »

2013 : Disque Schumann

2015 : Création du festival Les pages musicales de Lagrasse

Danse basque, baroque ou contemporaine… « Le Temps d »‘aimer » fête ses 25 ans

Avec une audience impressionnante de près de 20.000 spectateurs pour une ville de 36.000 habitants, le Festival de Danse de Biarritz appelé « Le Temps d’aimer » est devenu en un quart de siècle un phénomène de la Côte basque. Il suscite une avalanche de près de 30 spectacles en dix jours. Et cette année, la programmation est plus éclectique qu’elle ne l’a jamais été.

Danse basque, danse espagnole

Danse basque tout d’abord, là où plus qu’ailleurs, elle doit être défendue, et qu’on verra déferler dans les rues de Biarritz sur une idée de Claude Iruretagoyena qui réunit quatre compagnies basquaises…

La Compania national de Danza (D.R.)

Troupes d’Espagne aussi selon cet axe ibérique obligé, pour un festival sis au pied des Pyrénées et qui a toujours cultivé cette proximité avec le royaume voisin : la Compania national de Danza s’offre dans un programme très international (Forsythe, Naharin, Galili) ; et celle nommée « Elephant in the Black Box » avec des pièces de Nacho Duato et de Jean-Philippe Dury ; plus étonnante encore, la troupe masculine Rojas y Rodriguez présente un ouvrage où à la virilité exacerbée des Espagnols se mêle une sensualité troublante.

Eclectisme

Danse baroque avec la Compagnie l’Eventail et une adaptation du conte de « Peau d’âne » due à Marie-Geneviève Massé ; danse néo-classique avec le Ballet slovène de Maribor et une énième version chorégraphique du « Sacre du printemps » de la main d’Edward Clug, auteur également d’une transposition dansée du « Stabat Mater » de Pergolèse ; danse post-moderne avec un « event » créé à partir de chorégraphies de Merce Cunningham par son disciple Robert Swinston, aujourd’hui à la tête du Centre National de Danse Contemporaine d’Angers, et interprété par les danseurs attachés à cette institution dans un décor d’une petite-fille du peintre Matisse qui ne renie pas son aïeul ; danse contemporaine avec Emanuel Gat, Wim Vandekeybus, Emmanuelle Vo-Dinh ou Lionel Hoche; danse dans les théâtres, les lieux publics, sur la plage même du Vieux Port avec le Ballet de Biarritz et le Ballet junior de Genève interprétant des pièces de Thierry Malandain et de Barak Marschall.

Wim Vandekeybus (Danny Willems)

On y ajoutera un solo naguère créée par les Japonais Ko Murobushi et Carlotta Ikeda et repris en hommage à cette dernière. Ou une pièce du Burkinabé Salia Sanou : l’éclectisme est à Biarritz autant dans les sites que dans les styles.

Raphaël de Gubernatis

Festival de Danse de Biarritz : « le Temps d’aimer ». Du 11 au 20 septembre ; 05-59-22-03-02 ou 05-59-22-20-21.

On a retrouvé Moranbong Band, les Spice Girls de Corée du Nord

Où étaient-elles fourrées ? Moranbong Band, le groupe musical le plus célèbre de Corée du Nord, ne donnait plus de signe de vie depuis une apparition télévisée début juillet. Un mois plus tard, les sites sud-coréens qui tentent de décrypter l’opaque réalité du voisin communiste commençaient à s’inquiéter : qu’est devenu ce collectif d’une douzaine de femmes ? Sont-elles tombées en disgrâce pour une fausse note ou un mot de travers ? Pire : les a-t-on passées par les armes, comme plusieurs membres de l’orchestre philharmonique Unhasu, en 2013 ? L’apparition simultanée d’un groupe féminin concurrent, Chongbong Band, confirmait les pires craintes.

Lundi, la coréosphère a poussé un ouf de soulagement : les actualités télévisées ont à nouveau montré les dames de Moranbong Band, invitées du gala artistique offert par le leader bien aimé Kim Jong-un à un invité de marque, le vice-président cubain, Miguel Díaz-Canel.

Mini-robes et cheveux courts

D’après les médias officiels, Moranbong Band, qui tire son nom d’un quartier de Pyongyang, a été créé en 2012 par Kim Jong-un, qui aurait choisi en personne chacune des chanteuses et musiciennes. L’objectif était de donner aux jeunes une formation moderne, qui corresponde à ses aspirations. L’apparition du groupe dans le panorama musical nord-coréen avait révolutionné la jeunesse : les robes courtes et les coupes de cheveux audacieuses avaient immédiatement été copiées. Au même moment, le Coréen Psy devenait une star planétaire avec son tube sans lendemain Gangnam Style. Le leader suprême a-t-il voulu riposter à cette offensive de la culture capitaliste ?

Moranbong Band est pourtant très éloigné de l’esthétique electro-dance. Avec sa section de violons, le collectif privilégie la musique douce et mélodieuse qu’on entendait dans les cocktails distingués et les ascenseurs des années 60. Le répertoire marie chants patriotiques (Oh patrie remplie d’espoir, Pyongyang est la meilleure, Nous pensons jour et Nuit à notre Leader) et succès pop vieillots, et parfois français : l’Amour est bleu d’André Popp, les Feuilles mortes de Joseph Kosma… Lundi, elles ont offert à l’hôte officiel une version de Guantanamera.

François-Xavier Gomez

Dati, des réfugiés et un Taser : cinq vidéos à ne pas manquer ce vendredi

La rédicive de Rachida Dati contre la journaliste Elise Lucet, des réfugiés nourris comme des animaux en cage et les images de la mort d’une prisonnière aux Etats-Unis avec un Taser. Cinq vidéos à voir ce vendredi.

En Hongrie, des réfugiés nourris de manière inhumaine par des policiers

Dans une vidéo filmée en secret mercredi par une bénévole autrichienne à l’intérieur du plus grand camp de migrants de Hongrie, à Roszke, on aperçoit quelque 150 migrants rassemblés dans un enclos à l’intérieur d’une grande salle. C’est l’heure du repas. Tous se bousculent pour tenter d’attraper des sacs de nourriture que leur lancent des policiers hongrois, de manière totalement inhumaine. «C’était comme de nourrir des animaux enfermés dans un enclos, comme un Guantanamo en Europe», confie à l’AFP Alexander Spritzendorfer, l’époux de l’auteure de la vidéo, diffusée sur YouTube jeudi soir.

Une Américaine tuée par des policiers après l’usage abusif du Taser

Les autorités américaines ont rendu publique une vidéo perturbante montrant des policiers utilisant quatre fois un pistolet électrique contre Natasha McKenna, une détenue noire de 37 ans souffrant de troubles psychiatriques, pourtant entravée. Elle a été victime d’un arrêt respiratoire finalement fatal.

L’affaire Robert Boulin, en cinq étapes

Le mystère entourant la mort de l’ancien ministre en 1979 va-t-il être enfin levé ? Trente-six ans après les faits, l’enquête rouvre. Le dernier verdict de 1991 retient que Robert Boulin s’est suicidé à 59 ans, dans la forêt de Rambouillet (Yvelines), après avoir été mis en cause dans une affaire immobilière à Ramatuelle (Var). Aujourd’hui confiée à un juge d’instruction, l’enquête s’ouvre pour «arrestation, enlèvement et séquestration suivi de mort ou assassinat». Cela fait suite au dépôt d’une plainte, en mai dernier, de la fille du défunt, Fabienne Boulin-Burgeat. Selon cette dernière, Robert Boulin a été assassiné parce qu’il disposait d’informations sur un financement politique occulte. Autant d’incertitudes dans une affaire truffée de rebondissements, dont voici les cinq étapes clés.

Dati à Lucet : «Si elle veut exister grâce à ça, je lui laisse une minute de gloire»

La députée européenne n’en avait pas assez d’une attaque contre la journaliste Elise Lucet. Après avoir qualifié dans Cash Investigation sa carrière de «pathétique», Rachida Dati en remet une couche ce vendredi sur LCI. «Si elle (Elise Lucet) veut exister, il y a peut-être d’autres sujets sur lesquels effectivement elle pourrait enquêter. Mais la pauvre, si elle veut exister grâce à ça, je lui laisse un peu cette minute de gloire.»

Trois questions déplacées posées à Myriam El Khomri

Sous le feu des projecteurs depuis sa nomination, la ministre du Travail n’a pas été épargnée par les critiques, en particulier à droite. Mais ce n’est pas tant le ton des élus qui agacent que ceux de certains journalistes. Olivier Mazerolle et Jean-Pierre Elkabbach, qui sont les seuls à ce jour à avoir pu interviewer Myriam El Khomri en tant que ministre du Travail lors d’une matinale, n’ont pas hésité à lui poser des questions de mauvais goût, voire déplacées.

LIBERATION

Prix Renaudot 2015 : la première sélection

Jeudi dernier, les jurés du Goncourt sélectionnaient quinze titres pour le prix qu’ils décerneront le 3 novembre prochain. Ce mardi, c’était le tour de leurs homologues du Renaudot, qui ont également jusqu’au 3 novembre pour trouver un lauréat digne de succéder à Marcel Aymé, Céline, Aragon, Malaquais, Cayrol, Guilloux, Butor, Le Clézio, Perec, Annie Ernaux ou encore Emmanuel Carrère.

L’an passé, ils avaient choisi David Foenkinos. L’ambiance avait été électrique. Cette année, tout est possible. Mais en attendant, on a le plaisir de trouver dans la liste le camarade Christophe Boltanski, grand reporter à «l’Obs» et auteur d’un des «premiers romans» les plus remarqués de la saison.

Les 18 romans sélectionnés pour le Renaudot 2015

L’Eté contraire, par Yves Bichet (Mercure de France)

La Septième fonction du langage, par Laurent Binet (Grasset)

La Cache, par Christophe Boltanski (Stock)

Histoire de l’amour et de la haine, par Charles Dantzig (Grasset)

Ce coeur changeant, par Agnès Desarthe (l’Olivier)

Ann, par Fabrice Guénier (Gallimard)

La Saison des bijoux, par Eric Holder (Seuil)

La Petite femelle, par Philippe Jaenada (Julliard)

Les Désoeuvrés, par Aram Kebabdjian (Seuil)

Adieu aux espadrilles, par Arnaud Le Guern (Le Rocher)

Jugan, par Jérôme Leroy (La Table ronde)

Eva, par Simon Liberati(Stock)

Villa des femmes, par Cherif Madjalani (Seuil)

Les uns contre les autres, par Franck Maubert (Fayard)

L’Autre Simenon, par Patrick Roegiers (Grasset)

2084, par Boualem Sansal (Gallimard)

D’après une histoire vraie, par Delphine de Vigan (JC Lattès)

Juste avant l’oubli, par Alice Zeniter (Flammarion)

Les 8 titres en piste pour le Renaudot essai

La Piste Pasolini, par Pierre Adrian (Les Equateurs)

Henri de Régnier, par Patrick Besnier (Fayard)

La Transparence et le reflet, par Serge Bramly (JC Lattès)

Encre, sueur, salive et sang, par Sony Labou Tansi (Seuil)

Dictionnaire chic du vin, par Léon Mazzella (Ecriture)

Manifeste incertain, vol. 4, par Frédéric Pajak(Noir sur blanc)

Victor Hugo vient de mourir, par Judith Perrignon (L’Iconoclaste)

Mille et un morceaux, par Jean-Michel Ribes (L’Iconoclaste)

Retour à Duvert, par Gilles Sebhan (Le Dilettante)

BibliObs

A noter : aux dernières nouvelles, le jury du Prix Renaudot est composé de Christian Giudicelli, Dominique Bona, Franz-Olivier Giesbert, Georges-Olivier Châteaureynaud, Jean-Marie Gustave Le Clézio, Jean-Noël Pancrazi (président), Louis Gardel, Patrick Besson, Jérôme Garcin, Frédéric Beigbeder.

A noter encore : la plupart de ces livres ont été ou seront très prochainement chroniqués dans les pages littéraires de « l’Obs ».

« The Lesson », « Youth », « Natür Therapy »… Les films à voir cette semaine (ou pas)

Le choix de « l’Obs »

♥♥♥ « The Lesson », drame bulgare de Kristina Grozeva et Petar Valchanov, avec Margita Gosheva, Ivan Barnev, Stefan Denolyubov (1h47).

Au début, ce n’est rien, ou presque : Nadezhda (Margita Gosheva), jeune professeure d’anglais dans un collège d’une petite ville de Bulgarie, constate qu’un peu d’argent lui a été dérobé dans son sac à main, forcément par un de ses élèves. Et puis, un autre rien : Mladen, le mari de Nadezhda, qui depuis qu’il n’a plus de travail passe trop de temps à picoler, n’a pas remis en état le camping-car que le couple a décidé de vendre. Et peu à peu, de circonstances banales en désagréments ordinaires, la situation de la jeune femme devient insupportablement précaire, la contraignant à agir dans une direction que rien, dans sa personnalité et dans sa vie, ne la prédisposait à prendre.

« The Lesson » tire l’essentiel de sa force, qui est grande, de la qualité du regard porté sur cette suite de péripéties fort communes en elles-mêmes : le destin de Nadezhda pourrait être tragique. S’il ne l’est jamais, c’est que le film se décale sans cesse de la réalité qu’il montre. Avec ce premier long-métrage de fiction, Kristina Grozeva et Petar Valchanov ont frappé fort. Et dans le rôle de Nadezhda, Margita Gosheva est parfaite. P. M.

Ils sortent cette semaine…

♥♥ « Natür Therapy », comédie dramatique norvégienne d’Ole Giæver, avec Ole Giæver, Marte Magnusdotter (1h20).

Imaginez une version norvégienne de « Near Death Experience », le film burlesque de Kervern et Delépine, qui serait déplacé dans la forêt glaciale et lyrique de « Into the Wild ».

Martin (Ole Giæver), un homme jeune, sportif, marié, père d’un garçonnet, que son travail assomme et que sa vie privée indiffère, décide de quitter, à petites foulées, sa maison, située dans les faubourgs d’Oslo. Il court vers les montagnes norvégiennes, belles comme dans la pub Volvic et aussi accueillantes qu’un congélateur, s’enfonce dans les bois, entend des voix, parfois s’arrête derrière un arbre pour se masturber, reprend son footing cul nul, s’arrête dans un chalet et le lit d’une randonneuse, dialogue avec un crapaud, s’enterre, ressuscite, bringuebale entre le panthéisme et le pessimisme – avec une pointe de ricanisme.

A la fois réalisateur, scénariste et interprète principal, Ole Giæver, 38 ans, la tête de Michel Houellebecq et les jambes d’Usain Bolt, se déplace si vite de fjords en clairières qu’il donne l’impression de semer en route sa propre caméra. Plus il avance, plus il se déleste et se désencombre, mieux il nous fuit. On le comprend. C’est drôle et triste à la fois. Thérapeutique, somme toute. J. G.

♥♥♥ « Red Rose », drame franco-grec de Sepideh Farsi, avec Mina Kavani, Vassilis Koukalani (1h27).

La cinéaste iranienne en exil Sepideh Farsi et le scénariste Javad Djavahery ont imaginé un dispositif très ingénieux pour évoquer la situation de l’Iran au lendemain des élections de juin 2009. Le soulèvement populaire provoqué par la réélection usurpée de Mahmoud Ahmadinejad et la répression particulièrement violente dont il a fait l’objet sont présents à travers les images filmées avec des téléphones portables, qui scandent le huis clos mis en place par le film.

Une nuit, une jeune femme trouve refuge dans l’appartement d’un homme solitaire : entre Sara (Mina Kavani), 25 ans, et Ali (Vassilis Koukalani), qui a deux fois son âge, une relation se noue. Elle s’apparente bientôt à une histoire d’amour. Entre une révoltée de 2009 et un militant de 1978, qui lui aussi descendit dans la rue et a dû se résigner depuis à ne plus croire à une possibilité de changement, ou du moins à faire comme si. Il n’y a là rien d’artificiel ni de démonstratif, au contraire tout coule de source, et cette eau est limpide et pure.

La conclusion de ce qui constitue une charge d’une violence inouïe contre le régime iranien est vertigineuse, profondément troublante et révoltante. « Red Rose » associe avec une virtuosité et une intelligence extrêmes les ressorts du cinéma classique (scénario exploitant une situation de nature proche du théâtre) et l’immédiateté et la sauvagerie apparente des modes de communication modernes (images captées, diffusées sur les réseaux sociaux). C’est une très belle réussite. P. M.

♥♥ « Les chansons que mes frères m’ont apprises », drame américain de Chloé Zhao, avec John Reddy, Jashaun St. John, Irene Bedard (1h34).

Aux yeux de qui découvre ce premier et très beau film de Chloé Zhao, il n’est pas douteux que la jeune cinéaste chinoise avait essentiellement en tête de rendre hommage aux Indiens d’une réserve du Dakota du Sud dont, des mois durant, elle a partagé la vie.

L’histoire de ces « Chansons que mes frères m’ont apprises » est probablement venue après qu’elle eut formé le projet du film : plus qu’un récit, il s’agit d’ailleurs d’une suite d’événements, qui donne à l’ensemble une allure de chronique. Chronique centrée sur le jeune Johnny Winters et sa petite sœur de 11 ans, Jashaun, deux Indiens Lakota qui vivent seuls avec leur mère depuis que leur frère est en prison et que leur père, un champion de rodéo, est parti voir ailleurs.

De cet ailleurs, il ne reviendra pas : le film s’ouvre par l’annonce de sa mort, dans l’incendie de sa maison. Le père était alcoolique. Johnny gagne un peu d’argent en livrant de l’alcool pour le compte du vendeur clandestin local. Il espère en amasser suffisamment pour partir s’installer à Los Angeles, où sa petite amie va poursuivre ses études. De ce projet, il ne s’est ouvert ni à sa mère ni à sa sœur. De même qu’il y a peu de mots, ce film ne s’encombre pas de péripéties. Chloé Zhao choisit de livrer plutôt des indications et des renseignements sur la vie dans cette réserve, avec assez de maîtrise et de doigté pour ne jamais faire la leçon. Les images sont signées Joshua James Richards, elles sont d’une beauté à couper le souffle. P. M.

♥ « LIFE », comédie dramatique britannique d’Anton Corbijn, avec Robert Pattinson, Dane DeHaan, Ben Kingsley (1h52).

Mettons les choses au point tout de suite : Robert Pattinson est un acteur sans intérêt. Il n’a ni charisme, ni présence, ni empreinte. Il est là, c’est tout. Ici, il joue le rôle du photographe Dennis Stock, qui, en 1955, signa les photos les plus célèbres de James Dean, alors au bord de la célébrité.

Le film de Corbijn retrace les relations compliquées entre les deux hommes, et montre, chemin faisant, la nature torturée de James Dean. Poseur, capricieux, jouant au rebelle (mais sensible à l’attrait de la publicité quand même), Dean a été sanctifié par sa mort brutale, et les images de Stock sont devenues célèbres.

L’ennui avec le film, c’est qu’on a l’impression que l’acteur qui joue James Dean (Dane DeHaan) se livre à une parodie pour stand-up. Du coup, malgré la qualité de la lumière recherchée par Corbijn (« The American », « Un homme très recherché »), le récit ne trouve jamais sa crédibilité. C’est dommage : il y avait là un très beau sujet.F. F.

♥ « Queen of Earth », drame américain d’Alex Ross Perry, avec Elisabeth Moss, Katherine Waterston, Patrick Fugit (1h30).

Pour filmer la vie de Catherine dans la maison de sa meilleure amie, Virginia, au bord d’un lac et dessiner le portrait psychologique de cette jeune femme au lendemain de la mort de son père et d’une rupture amoureuse violente, Alex Ross Perry crée une mosaïque d’images saisies au plus près.

Il arrive parfois que le passé bouscule le présent, mais si la relation entre Catherine et Virginia évolue dans une direction qui suggère un possible renversement des rôles, c’est bien la première qui demeure au centre du dispositif.

L’ensemble peut tout aussi bien être jugé fascinant que gentiment barbant, mais la virtuosité du cinéaste est incontestable. Elle est nourrie par une multitude de références bien comprises, de Bergman à Woody Allen en mode « Intérieurs ». La composition d’Elisabeth Moss, par ailleurs productrice du film, est assez sidérante. P. M.

♥♥ « Youth », comédie dramatique italienne de Paolo Sorrentino, avec Michael Caine, Harvey Keitel, Rachel Weisz, Paul Dano, Jane Fonda (1h58).

Dans un palace helvétique situé au pied des montagnes et aux portes de l’éternité, deux amis octogénaires s’octroient un supplément de bon temps.

Sir Michael Caine, classe affaires, interprète un chef d’orchestre qui refuse de diriger devant la reine d’Angleterre, mais accepte, dans une prairie, de conduire un concerto pour cloches bovines.

Et Harvey Keitel, style vieil Hollywood, joue un cinéaste démonétisé qui essaie de terminer, dans la procrastination, un scénario pour Jane Fonda, laquelle le lui jette à la figure dans une scène d’anthologie.

Ces deux rois fainéants qui se regardent tantôt le nombril et tantôt la prostate ont inspiré au réalisateur clinquant d’ »Il Divo » et de « la Grande Bellezza » une fable loufoque, où Miss Univers, Maradona, le dalaï-lama font de la figuration, et dont on préconise la diffusion thérapeutique dans les services de gériatrie. J. G.

C’est raté

◊ « Au plus près du soleil », drame français d’Yves Angelo, avec Sylvie Testud, Grégory Gadebois, Mathilde Bisson (1h43).

L’accusée est une femme entretenue. La juge est mariée à un avocat. Le fils de ce couple, adopté, est l’enfant (abandonné par sa mère biologique) de l’accusée (mais c’est une coïncidence). Drame, donc. Bonne situation de départ, puis tout sombre dans le ridicule : l’avocat s’en mêle, la salope devient de plus en plus méchante (et craquante), tout le monde part en croisière… Aïe, aïe, aïe.

On a connu Yves Angelo, le réalisateur, mieux inspiré avec « les Ames grises ». Ici, tout vire au mélo le plus prévisible, malgré des acteurs qui font de leur mieux pour surnager dans cet océan de pathos : Sylvie Testud en magistrate écartelée ; Mathilde Bisson, provocante et séduisante ; et, surtout, Grégory Gadebois (« Mon âme par toi guérie »), absolument remarquable dans un rôle impossible. Plus le film avance, plus les ennuis s’accumulent et chargent la barque. Elle coule. F. F.

François Forestier, Jérôme Garcin et Pascal Mérigeau

L’architecte Dominique Perrault décroche le prix Praemium Imperiale

L’architecte Dominique Perrault est depuis ce jeudi lauréat du prix Praemium Imperiale dans sa discipline. On a coutume d’appeler ces prix, attribués aussi en sculpture, peinture, théâtre-cinéma et musique, les Nobel de la culture. Pas mal. Mais, interrogé la veille au soir par Libération, l’intéressé a tenu à partager son prix de façon surprenante : «C’est un prix qui célèbre aussi une époque exceptionnelle de la commande publique en France.» «Bébé de la commande publique», selon ses propres termes, Perrault n’aurait jamais décroché le projet de la BNF sans ce biais. «Je n’avais pas de parents architectes, pas d’argent, c’était impossible autrement.» En 1989, cette réalisation a marqué le début de sa carrière.

Reconnaissons que les pouvoirs publics de l’époque, le président François Mitterrand en l’occurrence, n’avaient pas froid aux yeux en choisissant pour un projet aussi énorme un jeune homme de 35 ans qui avait construit, en gros, une école d’ingénieurs à Marne-la-Vallée et un hôtel industriel en bordure du périphérique parisien. Deux bâtiments salués par la critique mais bon… Passer à 250 000 mètres carrés, s’attaquer à un symbole de la France et prendre sur la tête des polémiques entre intellectuels d’une violence inouïe nécessitait une certaine force d’âme. D’autant plus que l’édifice achevé ne va pas calmer les critiques, loin de là. Tout aura été reproché à Perrault : les livres dans les tours, le jardin dans le contrebas, l’entrée introuvable, le parvis qui glisse…

Est-ce qu’on n’avait rien compris ? Peut-être. Il faut regarder aujourd’hui dans les œuvres de Perrault l’université féminine Ewha à Séoul, en Corée du Sud. Le concept d’université «féminine» nous paraît un peu étrange mais à ce détail près, on rêverait d’aller étudier dans cet endroit. «Ce n’est pas un bâtiment, c’est un paysage», résume l’architecte.

L’établissement est enterré, on y pénètre par une gigantesque faille dans le sol, une rue principale, en somme, sur laquelle donnent les salles. «C’est à l’opposé de ce que fait habituellement un architecte en construisant des toits, des murs, explique Perrault. Mais c’est aussi ce qui permet de faire comprendre la bibliothèque.» Egalement semi-enterrée. A Berlin, pour le vélodrome et la piscine olympique, à nouveau, le maître d’œuvre aura creusé le sol.

A quoi reconnaît-on un bon architecte ? Au fait que du passé, il ne fait pas table rase. Depuis vingt ans, Perrault agrandit progressivement la Cour de justice des communautés européennes au Luxembourg. «C’est la seule institution européenne qui s’est reconstruite sur elle-même pendant trente ans.» Il y avait un édifice de 1973. L’architecte en a posé un autre en anneau, poliment, tout autour. «Ces bâtiments ont une histoire qui n’est pas une histoire de locataires», dit-il. Comprendre : ce ne sont pas de banals bureaux. On serait tenté d’ajouter que ce ne sont pas non plus les terrifiantes constructions dont les instances européennes ont constellé Bruxelles.

Dominique Perrault est l’un des architectes qui réfléchissent l’avenir de la métropole dans le cadre de l’Atelier international du Grand Paris. Il est aussi celui qui construira la gare Villejuif-Institut Gustave-Roussy de la future ligne 15 Sud du métro Grand Paris Express. Un métro qui, pour la première fois, note-t-il, «donne lieu à des préoccupations esthétiques, plastiques, à un souci de l’environnement des gares. Cela montre que l’on est en train de sortir d’une conception de tuyau autiste». Ce qui, en France, n’est jamais gagné d’avance.

Une autre Française, la danseuse Sylvie Guillem, a été couronnée lors de cette même session du Praemium. Jusqu’à présent, Jean Nouvel était le seul architecte français à avoir eu ce prix, en 2001.

Sibylle Vincendon

Homo Naledi inhumait ses morts

Les os fossile d'Homo naledi proviennent de 15 individus au moins (John Hawks. Université de Witwatersrand Une nouvelle star apparaît dans le ciel de l’histoire ancienne du genre humain. Une nouvelle espèce du genre Homo, baptisée Homo naledi, découverte dans les grottes dites de Rising Star, à 500 km de Johannesburg en Afrique du Sud.

Naledi pour « étoile » en langage Sesotho. Une espèce encore non datée, mais qui semble remonter aux origines du genre Homo de par ses caractères primitifs. Sauf qu’elle aurait déposé dans cette grotte de nombreux individus dans un geste funéraire ! Un comportement totalement inédit pour une telle ancienneté.

La découverte de cette grotte recelant des fossiles pré-humains remonte à 2013, et est due à deux spéléologues, Steve Tucker et Rick Hunter. Elle excite depuis sérieusement les paléo-anthropologues. Crâne de Homo naledi (John Hawks Université de Witwatersrand)Elle fait l’objet ce matin d’une communication de l’University de Witwatersrand, de la  National Geographic Society et du South African Department of Science and Technology de la National Research Foundation qui présente une première analyse de ces vestiges pour le moins intrigants par une équipe scientifique dirigée par Lee Berger, de l’University de Witwatersrand. Lee Berger est déjà bien connu pour la découverte d’Australopithecus Sediba (lire une note de 2011 sur ce fossile lors de la publication de l’article dans Science avec une interview de Pascal Picq). Des chercheurs de la Max Planck Gesellschaft de Leipzig participent à cette équipe.

Caractères anatomiques

Les restes pré-humains n’ont pas encore été datés (la datation est difficile, car il faut la faire directement sur les os fossiles en l’absence d’autres éléments datables et datant de leur mort), mais ils présentent des caractères anatomiques aujourd’hui bien décrits à la suite d’un workshop organisé en Afrique en mai 2014 auquel 50 chercheurs ont participé. L’abondance des fossiles – plus de 1 500 ossements découverts provenant d’au Pied d'Homo naledi (John Hawks université de Witwatersrand)moins 15 individus différents (enfants, adultes et vieux), mais avec presque tous les os d’un squelette complet – en fait d’emblée l’une des espèces fossiles de pré-humain qui sera la mieux décrite. Il s’agit d’un primate d’environ 1,50 mètres à l’âge adulte, plutôt gracile avec environ 45 kg. Une tête petite, et un cerveau de la taille d’une orange.

Il présente des caractères dont la qualification de « primitifs » et « dérivés » font toujours l’objet de vives discussions entre spécialistes. Homo Naledi possède des pieds ainsi que des jambes, plutôt longues, très adaptées à la marche bipède sur longue distance. Au point qu’un membre de l’équipe décrit les pieds comme « indistinguables » du pied d’un homme actuel.

Les dents et la plupart des os semblent en revanche le rattacher aux plus vieux représentants du genre Homo, voire à un genre antérieur (australopithecus) au vu de ses mains très adaptées à la vie arboricole (les doigts très courbés pour la grimpe dans les arbres et Main d'Homo nadeli (John Hawks Université de Witwatersrand)la suspension aux branches). Au total, il semble plus proche des plus anciens membres du genre Homo (Homo habilis) donc, il y a 2,5 millions d’années.

Mais le plus surprenant dans la découverte, c’est la disposition des ossements. Regroupés dans une partie très difficile d’accès de la grotte, à 30 mètres sous la surface. Exclusifs : à part quelques os d’une souris et d’un oiseau, uniquement des ossements d’Homo naledi. Aucune trace sur les os de l’action d’un carnivore qui aurait tué et dévoré ces êtres ni de charognage après la mort. Comment sont-ils arrivés là, dans une sorte de chambre qui n’a jamais été en contact direct avec la surface ? Les La chambre où les fossiles ont été trouvésscientifiques ont étudié de nombreuses hypothèses, comme un piège naturel, l’action d’un cours d’eau… aucun ne semble fonctionner. Du coup, il ne reste qu’une hypothèse plausible : un acte funéraire ! Sauf qu’un tel comportement serait complètement inédit pour une espèce aussi éloignée dans le temps et l’anatomie des néandertaliens et des hommes modernes pour lesquels ce comportement est clairement identifié il y a près de 100.000 ans au Proche Orient.

Co-existence de nombreux Australopithèques et Homos

Cette annonce vient renforcer la variété des espèces des genres Australopithecus et Homo qui ont co-existé sur une très longue période de temps, faisant de l’unicité actuelle d’Homo sapiens une exception. La plupart de ces espèces ne semblent pas avoir eu de descendants. Mais la nature des relations qu’elles ont entretenues – avec la possibilité ou non d’hybridation – demeure énigmatique. Tout autant que l’intrigante absence dans le registre fossile des ancêtres des chimpanzés et des gorilles, les espèces actuelles les plus proches des hommes.

L'équipe de spéléologues qui ont récupéré les os fossilesIntrigante, car elle conduit à se demander si elle ne proviendrait pas du « classement » plutôt que de la réalité, les paléo-anthropologues étant trop obnubilés et guidés par la volonté de retrouver le cheminement de la lignée qui conduit à l’homme actuel. Certains d’entre eux soupçonnent un biais qui ferait qualifier de « primitif » tout caractère faisant penser aux chimpanzés et aux gorilles, ce qui, selon eux (Pascal Picq notamment) constitue une erreur de raisonnement. Les chimpanzés et les gorilles sont en effet tout aussi « évolués » relativement à leurs ancêtres d’il y a 6 millions d’années – l’époque où les lignées conduisant aux hommes et aux grands singes sont censées se séparer selon la biologie moléculaire –  que les hommes actuels vis à vis de leurs ancêtres.

Lee Berger sur le site archéologique (Université de Witwatersrand)Du coup, un caractère jugé aujourd’hui primitif, comme l’adaptation à la vie arboricole, parce qu’ils le portent, pourrait tout aussi bien être un caractère « dérivé », apparu récemment dans leurs lignées. La situation est d’autant plus compliquée que les possibilités d’hybridation entre espèces non totalement séparées, avec une descendance fertile, est très délicate à mesurer ou à écarter. La proposition iconoclaste de certains chercheurs de réunir en une seule espèce, sous le nom d’Homo erectus, un grand nombre d’espèces aujourd’hui considérées comme séparées montre bien la difficulté de l’affaire.

Ce débat encore confus ne pourra être tranché qu’avec la mise au jour des ancêtres des chimpanzés et gorilles, soit sur le terrain, par des découvertes, soit… dans les collections actuelles des fossiles qui remontent à la période de séparation des deux lignées, il y a environ 6 millions d’années.

► La découverte d’Australopithecus Sediba.

► Tous les Homo seraient erectus.

D’autres notes de préhistoire sur le blog:

► Néanderthal aurait copié Cro-magnon.

► La datation à 42.000 ans d’un Cro-Magnon britannique contestée. Cette datation était évoquée dans cette note.

► Une nouvelle manière d’envisager notre ancêtre: « Cro Magnon n’a jamais fait la révolution ».

► La science sous le film sur la Grotte Chauvet.

Par Sylvestre Huet, le 10 septembre 2015

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