Mois : novembre 2015

Pourquoi Twitter abandonne les favoris pour des cœurs

Pourquoi Twitter abandonne les favoris pour des coeurs
Pink Sherbet Photography / Flickr CC licence by.

En panne d’utilisateurs, Twitter cherche à simplifier son site. Et à enlever l’ambiguité du « fav ».

Twitter vient d’annoncer qu’il transforme son bouton «favori» en un coeur appelé «like». En copiant le modèle de Facebook et d’Instagram, le réseau social veut enlever toute ambiguïté à une fonction qui n’a jamais été tout à fait comprise.

Twitter lui-même n’a jamais été en mesure d’expliquer le sens précis de ce bouton «fav», proposant dans son manuel d’utilisation deux usages bien différents pour sa petite étoile jaune: «Lorsque vous ajoutez un Tweet à vos favoris, vous indiquez à la personne qui en est à l’origine que vous appréciez son Tweet. Le Tweet est alors enregistré et peut être consulté ultérieurement». Le favori était donc à la fois un like et un archivage.

Le fav utilisé pour 25 raisons différentes

Trois chercheurs, Florian Meier, David Elsweiler et Max L. Wilson, s’étaient posés la question de savoir quel sens les utilisateurs mettaient dans leurs «fav» ? (PDF). D’après leur étude, la fonction était utilisée pour pas moins de 25 raisons différentes !

Le fav était perçu comme un like dans 62% des cas, ce qui n’a sans doute pas échappé à Twitter qui a décidé de régulariser la situation de deux favs sur trois. Et tant pis pour les autres.

D’après les chercheurs, dans 23% des cas, le fav était un marque-pages, une manière d’archiver un tweet. La transformation du fav en coeur pose dans ce cas précis un souci: il devient difficile de mettre de côté un tweet de Jean-Marie Le Pen sans l’approuver. Mais le même problème se pose sur Facebook où il faut «liker» une page pour s’y abonner.

Le fav était aussi utilisé dans 4% des cas pour faire mousser son ego, et saluer une mention de soi-même. Cas typique: quand une célébrité nous fait l’honneur d’une réponse, le fav fait alors office de salle des trophées. Dans 2% des cas, le fav était un simple «vu», pour lequel le coeur peut paraître un peu fort.

Un beau cadeau pour l’algo

La disparition du fav est aussi un moyen d’améliorer l’algorithme de Twitter, en clarifiant le sens de cette action. Twitter réfléchit depuis longtemps à l’opportunité de remplacer sa timeline où apparaissent tous les tweets auxquels on est abonné par un flux filtré par un algorithme comme le fait Facebook. Les coeurs vont aider l’algo à trouver les meilleurs tweets.

Anthony Noto, directeur financier de Twitter, l’avait reconnu l’année dernière: la timeline actuelle «n’est pas l’expérience la plus pertinente pour un utilisateur». L’internaute peut y rater des tweets pertinents enterrés au fond du flux. Faire remonter en haut de la timeline ces tweets intéressants, comme le fait Facebook, «est une manière de mieux organiser ce contenu», a t-il ajouté, ce qui avait suscité une grande crainte chez les utilisateurs historiques du service.

Twitter parie sur les nouveaux utilisateurs (contre les anciens)

L’arrivée du coeur est une nouvelle tentative de Twitter de se simplifier pour attirer de nouveaux utilisateurs. Les tweets sont partout dans les médias, à la télévision, sur les sites d’info, mais le grand public ne comprend pas pour autant comment ce réseau au jargon étrange fonctionne. Avec le favori, c’est un mot de moins à expliquer aux nouveaux utilisateurs.

Tous les trimestres, Twitter passe un sale quart d’heure quand il doit annoncer au monde économique ses chiffres financiers. Alors que Facebook continue de conquérir le monde avec ses 1,5 milliards d’utilisateurs, Twitter stagne à 320 millions d’utilisateurs actifs. En 2012, Twitter prévoyait 400 millions d’utilisateurs avant la fin 2013. C’est pour le moins raté.

En faisant le choix du coeur et du like, Twitter ne prend aucun risque. Ces deux symboles quasi équivalents (sur Facebook France, «like» se dit «j’aime») sont présents partout : Facebook, YouTube, Instagram, Airbnb, Pinterest… et même sur Periscope, le site de streaming vidéo lancé par Twitter.

Goncourt : quatre finalistes (et aucun Boualem Sansal)

Pour beaucoup, l’affaire était jouée: Sansal serait le Goncourt 2015. Son livre, «2084», charge orwellienne contre le fondamentalisme islamique, se vend bien (septième au dernier classement des meilleures ventes L’Obs/GfK), et il a bénéficié d’une exposition médiatique importante ces dernières semaines.

Cette Sansal-mania portait peut-être plus sur sa passionnante personne et son urgent sujet que sur le texte lui-même, qui souffre de quelques défauts. Certains s’apprêtaient même à déplorer ce triomphe annoncé. Un juré du Goncourt, récemment, émettait des réserves préventives, en rappelant que «le Goncourt n’est pas un prix de vertu».

Il aura été entendu. Depuis le musée du Bardo, en Tunisie, le jury a sélectionné les quatre derniers romans en lice. Sansal, donc, n’y figure pas (il reste en compétition pour plusieurs autres prix, à commencer par le Femina). Alain Mabanckou et Simon Liberati aussi ont été évincés, après s’être trouvés dans la deuxième sélection.

Les 4 finalistes du Goncourt 2015

Ceux qui y figurent (les liens renvoient aux articles parus dans «l’Obs») :

«Titus n’aimait pas Bérénice», par Nathalie Azoulai (P.O.L)

«Boussole», par Mathias Enard (Actes Sud)

«Les Prépondérants», par Hédi Kaddour (Gallimard)

«Ce pays qui te ressemble», par Tobie Nathan (Stock)

Le prix sera décerné le 3 novembre, à Paris, au restaurant Drouant, comme d’habitude. Avant cela, le 29 octobre, l’Académie française remettra son Grand prix du roman. Hédi Kaddour figurant dans les deux listes finales, le Goncourt devrait a priori s’adapter au verdict des académiciens, puisque les grands prix s’efforcent d’éviter les doublons. Mais les pronostics sont faits pour être contredits. Jonathan Littell avait bien cumulé les deux. Et Patrick Rambaud aussi.

BibliObs.com

A noter : le jury du Goncourt se compose de Bernard Pivot, président, Paule Constant, Pierre Assouline, Régis Debray, Françoise Chandernagor, Didier Decoin, Edmonde Charles-Roux, Philippe Claudel, Patrick Rambaud et Tahar Ben Jelloun.

VIDEO. Qui mérite le prix Goncourt 2015 ?


Qui mérite le prix Goncourt 2015 ?par LeNouvelObservateur

Que faut-il écrire pour avoir le Goncourt ?

Le jour où le Goncourt a raté Louis-Ferdinand Céline

« C’est du pain pour un siècle entier de littérature. C’est le prix Goncourt 1932 dans un fauteuil pour l’heureux éditeur qui saura retenir cette œuvre sans pareil, ce moment capital de la nature humaine?», écrivit un parfait inconnu répondant au pseudonyme de Céline, pour convaincre le comité de lecture Gallimard de publier son premier roman «Voyage au bout de la nuit».

Gallimard traîna les pieds – «il faudrait élaguer»! –, et se fit souffler l’affaire par un petit éditeur belge. Les Dix du Goncourt peinèrent à escalader le chef-d’œuvre et décernèrent leur grosse timbale aux «Loups» de Guy Mazeline, un jeune «pomponné de la littérature» aux allures de danseur de tango, dorloté par la NRF – où à 32 ans il avait déjà publié plusieurs livres – et qui ne dut pourtant qu’à cette fabuleuse usurpation de ne pas sombrer totalement dans l’oubli.

Avec «Goncourt 32», roman à suspens littéraire, Eugène Saccomano nous plonge avec bonheur, et dégoût, dans les entrelacs de lâchetés et de combines minuscules qui conduisirent les Goncourt à commettre la pire erreur de toute leur histoire, pourtant riche en épisodes cuisants.

En 1906 déjà, Octave Mirbeau affichait son désenchantement: «Jusqu’à présent, nous n’avons pas donné les prix que nous aurions dû donner.» La suite des événements n’y remédiera pas: Giraudoux est écarté en 1909, Colette et Apollinaire l’année suivante. Quatre ans plus tard, Valery Larbaud et Alain-Fournier devront s’effacer devant un certain Marc Elder.

Arrêtons là une liste bien connue, l’histoire de ce prix – dont les créateurs rêvaient de faire le contrepoids aux mascarades de l’Académie française – a accumulé un nombre impressionnant de bévues, faut-il encore s’en émouvoir? Après tout le génie se passe aisément de plumes de paon, quant au roitelet de l’année, l’exil hors des mémoires le punit souvent bien cruellement. Ne serait-il pas sage de clore le chapitre comme Georges Bernanos le fit dans «le Figaro» après la remise du prix: «M. Céline a raté le Goncourt. Tant mieux pour M. Céline»?

Règlements de comptes à O.K. Drouant

Pas si sûr, suggère la lecture de «Goncourt 32». L’atmosphère empoisonnée de règlements de comptes dans laquelle le premier livre de Céline se diffusa ne fut sans doute pas étrangère aux futurs délires paranoïaques et à l’obsession du complot de l’ombrageux docteur Destouches.

A-t-on jamais imaginé de quelles éructations superflues une installation dans la bourgeoisie reposante des «gendelettres» eût pu épurer l’œuvre de celui qui quinze ans plus tard affirmait encore: «J’en périrai, du « Voyage »»? C’est qu’en cet automne 1932 l’expert en «crassouilleries terrestres» vint se frotter à un monde guère plus propre que les dispensaires de banlieue ou les milieux interlopes qu’il connaissait bien: le monde sans pitié des «m’as-tu-lu».

Au terme d’une véritable bataille d’Hernani où les plus grands prirent la plume pour se prononcer, qui eut finalement raison du chef-d’œuvre? Pas même la cécité – qui avait la vue assez basse pour ignorer la supériorité stylistique du «Voyage» sur la lourde fresque bourgeoise concurrente –, l’appât du gain des jurés aiguisé par les fantassins publicitaires de l’édition y suffit.

Rosny aîné, le président du jury? Son dernier roman sera grassement acheté par «l’Intran», le journal où Mazeline est critique, pour y être diffusé en feuilleton. Rosny frère, «l’imbécile»? Hachette, «la pieuvre verte», se chargera de l’amadouer. Le vieux Raoul Ponchon, qui se flatte de ne pas lire les livres qu’il doit départager? Il a des démêlés avec son ancien éditeur. Mme Mazeline – grâce à Dieu avocate – saura y remédier.

Il faudrait aussi mentionner les critiques qui, à l’instar d’un André Malraux devenu homme lige de Gallimard, ne trouvèrent ni le courage ni même l’envie de trahir leur chapelle en ne prêtant pas quelque talent à Mazeline, sage admirateur de Maurras fort bien en cour auprès du gratin littéraire.

Cas d’école en criminologie éditoriale

Le cru 1932 est un véritable cas d’école en matière de criminologie éditoriale, et, à ce qu’on en devine, les turpitudes du milieu n’ont guère changé d’odeur. «Tant de choses se jouent qui ne sont pas littéraires», disait pudiquement Françoise Verny.

Pour un bon livre récompensé – il en est fort heureusement –, combien d’auteurs spoliés? Combien de vies qui bifurquent pour une poignée de flatteries venues à point rassurer «une vieille plume»? Combien de «champs du sang» achetés grâce aux copieux à-valoir qui sont souvent le prix du manquement à l’honnête évaluation due aux auteurs? Autant de questions qui viennent à l’esprit en lisant ce roman à l’heure où, comme chaque année, les éditeurs s’emploient à faire fumer de l’encens sous le nez des jurés.

Sans prétention, «Goncourt 32» parvient aussi à faire revivre sous nos yeux un Céline «encore innocent», le Céline d’avant la posture de Job, le Céline d’avant le voyage au bout de l’outrance, ce Céline qui n’a peut-être jamais existé mais qu’on se plaît pourtant à imaginer.

En contre-jour de cette figure-là, la silhouette de Guy Mazeline – vainqueur défait pour l’éternité – prend chair elle aussi. Dira-t-on l’étrange douleur de celui qui à 96 ans, avant de s’éteindre dans son douillet appartement du 16e arrondissement, trouvait encore les mots justes pour parler à l’auteur des détails de cette journée du 7 décembre 1932, où il avait atteint le sommet de sa petite colline, trop vite et si mal?

Dira-t-on assez l’amertume de celui qui, ayant triomphé par la ruse, se vit condamné à écrire jusqu’à la fin de sa vie le même roman grisailleux à des sauces de moins en moins relevées. L’œil du «clochard» de Meudon était dans la tombe et regardait Mazeline.

Aude Lancelin

Goncourt 32, par Eugène Saccomano,

Flammarion, 264 p.

Eugène Saccomano, bio express

Né en 1936 à Marseille,Eugène Saccomano a été directeur des Sports à Europe 1. Il est l’auteur de «Bandits à Marseille» (Julliard, 1968), dont a été tiré le film «Borsalino», ainsi que de «Berlusconi, le dossier vérité» (Edition°1, 1994). Il a depuis «Goncourt 32» écrit «Céline coupé en deux» (le Castor Astral) et «Giono, le vrai du faux» (le Castrol Astral).

Paru dans « le Nouvel Observateur » du 16 septembre 1999.

De la main de Céline : le manuscrit du « Voyage au bout de la nuit »

***

Que faut-il écrire pour avoir le prix Goncourt?

Bijoux partout

Bijoux partout

Babou, 49 ans, aide-soignante. Ce n’est pas la première fois qu’on vous arrête dans la rue pour vous parler de votre look. Déjà à Londres, une journaliste… Vous êtes «connue» à l’hôpital parisien où vous travaillez pour votre goût des «choses assorties», particulièrement «le foulard sur la tête et le collier», que vous ne portez pas aujourd’hui, même si l’ensemble de votre silhouette reflète une coquetterie exigeante et le goût de l’accessoire.

A votre poignet droit, deux bracelets rigides. Vous parlez d’abord de celui, tout argenté et ciselé de visage de femmes, qui fut le premier à orner votre bras. «C’est mon premier fiancé qui me l’a offert, il y a plus de trente ans. On s’est séparés, la vie a continué pour moi avec mon mari que j’aime.» Le fiancé, lui, est mort, un souvenir que vous avez souhaité garder dans votre quotidien. «Je me suis toujours dit que si j’avais une fille, je le lui donnerais, ce bijou.»

«L’autre bracelet, c’est celui de mon fils, Bassala. Tous les ans, nous repartions au Mali. Un jour, ma mère qui était là-bas le lui a offert. Il l’a porté, c’était important pour lui: le bijou donné par sa grand-mère. Ma mère est décédée; mon fils est devenu grand, il a dix-huit ans maintenant. Il a changé de vêtements, mis des choses dans des cartons. Il m’a donné le bracelet.»

Des bijoux transmis comme une chaîne entre les vivants et les morts, entre les générations. «Au travail, il m’arrive de les enlever. C’est nécessaire pour des questions d’hygiène. Mais ils ne sont jamais loin…»

Existe-t-il un droit de la cyberguerre ?

Le ministère de la Défense récuse l’avoir organisé en urgence, mais ce colloque tombe à pic. Lundi et mardi, le nouveau site de Balard, «l’Hexagone», accueille une série de conférences sur le thème «Droit et Opex» (opérations extérieures, la guerre donc), autour de deux thèmes clés : la judiciarisation croissante des conflits et l’adaptation du droit aux nouvelles menaces, aux «zones grises». A l’instar des bombardements français en Syrie dont la légalité a soulevé de nombreuses questions.

Ces bombardements se sont accompagnés d’actions d’un nouveau genre. Selon Le Monde, «une opération informatique du cybercommandement de l’état-major» a permis de «remonter jusqu’au groupe» visé. Soit une nouvelle application de la doctrine française en matière de «lutte informatique offensive», dans un cadre légal encore flottant.

Pourquoi la question se pose aujourd’hui ?

«La France dispose de capacités offensives [en matière informatique]», a tonné le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, fin septembre, lors d’un autre colloque, consacré au «combat numérique». Le message était clair : la France ne se contente pas de se défendre, elle attaque. La décision n’est pas nouvelle. Le livre blanc de la Défense de 2008 poussait déjà à l’acquisition de moyens d’attaque, un souhait réitéré cinq ans plus tard à dans le nouveau livre blanc. En 2013, l’exécutif plaidait ainsi pour «un effort marqué» en matière de cyberdéfense militaire : «Les engagements de coercition seront conduits de façon coordonnée dans les cinq milieux (terre, air, mer, espace extra-atmosphérique et cyberespace).» Un nouveau champ de bataille est né.

Lire aussi :Le France en ordre de cyberbataille pour une guerre nouvelle

«La guerre de demain devra combiner le cyber avec les autres formes de combat», écrit Le Drian dans le numéro de novembre de la Revue Défense Nationale. «Pour nos forces armées, le premier enjeu est désormais d’intégrer le combat numérique, de le combiner avec les autres formes de combat.» L’attaque est ainsi devenue une priorité en France, mais pas seulement.

La prise de conscience de 2008 est provoquée par une série d’événements : les cyberattaques contre l’Estonie au printemps 2007 lors d’un différend diplomatique avec Moscou, un scénario similaire un après lors de la guerre entre la Géorgie et la Russie, la découverte en 2010 du virus Stuxnet développé pour saboter certaines installations nucléaires iraniennes… Les Etats-Unis adaptent rapidement leur doctrine. En 2011, le Pentagone annonce se réserver la possibilité de répondre par des moyens conventionnels à une cyberattaque. Cette année, le Pentagone a revendiqué ouvertement mener des cyberattaques dans la nouvelle mouture de sa «cyber stratégie».

Le droit international peut-il s’appliquer ?

La militarisation croissante du cyberespace a mené à une première vague de travaux visant à encadrer ce nouveau recours à la force. Une réflexion a ainsi été lancée par des experts au sein de l’Otan après les attaques contre l’Estonie, pour aboutir, en 2013, au Manuel de Tallinn. Le texte reconnaît que le droit international s’applique aux conflits dans le cyberespace et le décline en 95 règles.

Une opération cyber est ainsi «une agression armée lorsque l’emploi de la force atteint un seuil élevé en termes de degré, de niveau d’intensité et selon les effets engendrés : pertes en vies humaines, blessures aux personnes ou des dommages aux biens.» La définition est cruciale, puisqu’elle conditionne l’invocation de la légitime défense, donc le recours licite à la force. D’autres principes sont aussi déclinés à propos des cibles, de l’intensité des attaques…

Existe-t-il un consensus entre les Etats ?

Le Manuel n’est que le fruit d’un travail otanien, non contraignant. Une autre démarche, sous l’égide des Nations Unis, a donné des résultats cet été. Un groupe d’experts gouvernementaux a rédigé un rapport visant à prévenir une escalade en cas d’incident. «Il faut faire ce travail avant qu’un vrai pépin existe. Est-ce que ce sera respecté ? Au moins, ces normes sont là» défend le Quai d’Orsay. Toutes les parties l’ont endossé, représentants chinois et russes compris, alors que le consensus n’a pas prévalu tout au long des négociations, loin s’en faut.

Elles n’ont abouti que deux minutes avant la fin de la dernière rencontre, le 26 juin 2015, peu avant 18h… Les discussions bloquaient sur l’application concrète du droit international au cyberespace. «Les Chinois ne voulaient pas que le droit international humanitaire s’applique, explique le Quai d’Orsay, leur argument phare était : si on codifie les conflits armés dans le cyberespace, alors on les encourage.»

La légitime défense sera retirée du rapport, «elle n’apparaît que dans une référence très indirecte» précise-t-on au ministère des Affaires Etrangères. Sont reconnus «les principes d’humanité, de nécessité, de proportionnalité et de discrimination [entre les combattants et les non-combattants].» Les experts gouvernementaux se sont surtout accordés sur des «normes de comportements» : absence d’attaque contre les infrastructures critiques ou les «équipes d’intervention d’urgence», coopération entre Etats pour renforcer la sécurité des systèmes essentiels.

Plus surprenant, les Etats «devraient s’attacher à prévenir l’utilisation de fonctionnalités cachées malveillantes». Un engagement pour le moins surprenant de la part de Washington, également coauteur du rapport, alors que les Etats-Unis se sont fait une spécialité d’introduire des «backdoors», des portes dérobées, dans certains produits… «Toutes les questions relatives à l’espionnage sont exclues du périmètre du travail du groupe» justifie le Quai d’Orsay.

Un deuxième Manuel de Tallinn sera publié en janvier 2016. Il ne devrait pas traiter le domaine conflictuel. Au niveau européen, les discussions se concentrent sur la protection des données personnelles. Un thème remonté dans l’agenda politique après une décision récente de la Cour de justice de l’UE et surtout les révélations d’Edward Snowden sur l’ampleur de la surveillance dans les démocraties.

A lire aussi Safe Harbor, quand la justice européenne tente de protéger nos données des grandes oreilles américaines

Pierre ALONSO

Payer pour réussir ses études : jusqu’où ira le « school business » ?

Pour 30.000 euros par an, soit 150.000 pour le cursus complet, un étudiant parti en Espagne reviendra dentiste, mais en ayant échappé à une double contrainte: le bac S et le difficile concours requis en France. Dans le même esprit, il est possible de devenir pilote de ligne en contournant maths-sup et l’Ecole nationale de l’Aviation civile avec la Belgian Flight School, qui dispense en dix-huit mois pour 90.000 euros un enseignement reconnu. L’élève moyen qui veut être médecin s’en ira étudier en Roumanie pour la modique somme de 10.000 euros par an.

L’accès à ces professions s’achète désormais; cher et en catimini, poursuit l’auteur. Du point de vue de la morale publique, c’est embarrassant.»

Il n’y a pas si longtemps, un étudiant s’exilait après avoir échoué plusieurs fois au concours de ses rêves; aujourd’hui, c’est d’emblée pour échapper à la sélection. Et, s’il reste en France, une très chère école de commerce privée à prépa intégrée peut lui permettre de commencer dans la vie avec un salaire et une considération sociale équivalents à ceux d’un bachelier S ayant fait maths sup- maths-spé et une bonne vieille école d’ingénieurs.

Toujours public et toujours gratuit, le coeur vaillant de l’école se trouve ainsi fragilisé par cette offre privée de plus en plus invasive, mais qui prospère aussi sur la dégradation de l’enseignement public français, faculté comprise. Ce monde scolaire parallèle, Arnaud Parienty le nomme «shadow school system».

La France est devenue le premier marché de soutien scolaire privé dans l’Union européenne, avec une dépense annuelle qui avoisine les 2 milliards d’euros, pratique encouragée par l’ exonération fiscale. L’heure de cours est facturée entre 30 et 50 euros; ceux qui le peuvent achètent du soutien hebdomadaire dans plusieurs matières. Une nouvelle pratique apparaît, le coaching scolaire, calquée sur le monde de l’entreprise.

Pour envisager sa scolarité comme une carrière et anticiper les obstacles à venir, il en coûte en moyenne 100 euros de l’heure. «L’addition de ces offres fait système», écrit l’auteur. Le marché très florissant des devoirs maison proposés par des sites tels que Femontaf.com envoie le «signal détestable que tout s’achète et que tricher n’est pas un problème».

Quel enfant n’a jamais rêvé d’une Mary Poppins cachée dans sa chambre, qui ferait le travail à sa place ? En 2009, cette bonne fée a surgi en ligne, comme le relate Arnaud Parienty, sur un site lancé par un diplômé d’école de commerce qui proposait sa baguette magique pour tous types de devoirs, du collège à l’université. L’élève devait envoyer l’intitulé ou scanner le sujet. Il recevait sa copie un à trois jours plus tard.

La diablerie résidait dans le mode de paiement: des SMS surtaxés permettaient même à de très jeunes enfants d’acheter un devoir derrière le dos des parents. L’affaire a provoqué un miniscandale, et le site a fermé. D’autres ont discrètement ouvert depuis, parfois même alimentés par des enseignants payés une vingtaine d’euros la page. En sommes-nous vraiment là en 2015 ?

La ruée des fonds d’investissement anglo-saxons sur les écoles privées de commerce ou d’ingénieurs achève de convaincre que l’école française aiguise désormais les appétits du capitalisme. Offrir ce «meilleur» auquel chacun aspire pour ses enfants devient difficile même pour les classes moyennes instruites, qui découvrent la hausse vertigineuse des coûts, mais consentent à un investissement démesuré par peur du déclassement.

Pour le commun des parents, il va sans dire que cette plus-value éducative – car plus-value il y a, c’est indéniable – est tout simplement inaccessible. Sur cette réalité qui tue toute idée d’égalité des chances, et bien plus que la petite distinction auréolant le latiniste ou l’élève d’une classe bilingue, les réformateurs de Grenelle sont muets.

Anne Crignon

School business.

Comment l’argent dynamite le système éducatif
,

par Arnaud Parienty, La Découverte, 240 p., 17 euros.

Paru dans « L’Obs » du 29 octobre 2015.

Jacques Higelin, l’autre fou chantant

Tombé du ciel, il a eu son brevet de parachutisme – «bien tonique à l’ouverture, bon travail sous voile», selon son instructeur. Il a joué au cinéma avec Martine Carol et au théâtre avec Denise Grey. Dans la maison d’une vedette de la télé qu’il squattait, il a mis au monde son fils Kên, dont il a coupé le cordon ombilical.

Il a goûté à l’acide, aux champignons hallucinogènes, mais très peu à l’héroïne. Il a embauché Louis Bertignac et Jean- Pierre Kalfon lorsqu’ils étaient inconnus. Il s’est foutu à poil au Cirque d’Hiver parce qu’un spectateur le défiait et à la campagne, les nuits de pleine lune, pour rencontrer des loups.

Il est parti en voiture au débotté pour fêter, à 500 kilomètres de chez lui, l’anniversaire d’un fan et a recommencé des concerts, de la première à la dernière chanson, parce qu’il n’était pas content de sa prestation. Les affiches l’ont présenté comme «le jazz comédien de la chanson», et Mory Kanté l’appelle «le griot blanc» parce qu’il sait des histoires.

Dans la rue, il arrive qu’on le confonde avec Hugues Aufray ou Bernard Lavilliers. Lui n’a jamais oublié le slip bleu électrique de Charles Trenet. Il dit qu’il est «criseux» et que sa fleur préférée est «la fleur de l’âge».

Valérie Lehoux, avec qui il vient d’écrire «Je vis pas ma vie, je la rêve» (Fayard, 20,90 euros), le compare à un animal sauvage, capable de mordre. On a reconnu Jacques Higelin, l’autre fou chantant, le baladin du monde occidental, dont les souvenirs incongrus, drôles, attendrissants, jamais narcissiques, nous offrent d’entrer dans la saison froide en dansant, en brûlant.

Jérôme Garcin

Paru dans « L’Obs » du 29 octobre 2015.

Les 1ères pages des souvenirs de Jacques Higelin

Huile de palme et déforestation : «Les poumons de la planète partent en fumée, les nôtres souffrent !»

L’Indonésie vante à Paris sa production d’huile de palme − dont elle est le premier producteur mondial−, en la qualifiant de «durable». Pourquoi dénoncez-vous un «enfumage» ? 

Alors que ces feux de forêt indonésiens sont récurrents, le gouvernement n’a pas été à la hauteur pour les prévenir et, cette année, ils se sont largement intensifiés, ce qui en fait l’une des plus grandes crises écologiques et climatiques du XXIe siècle. Pendant que les représentants indonésiens critiquent publiquement les engagements «zéro déforestation» de certaines entreprises plus responsables, ils invitent l’ensemble des acheteurs français de l’huile de palme à une réunion de présentation sur la durabilité du secteur. Nous, les ONG Cœur de forêt, Envol vert et Planète amazone, demandons que cette réunion soit l’occasion d’annoncer un grand plan d’action «zéro déforestation» pour mettre fin aux feux actuels et, surtout, empêcher qu’ils se reproduisent. Nous espérons que ce ne soit pas une réunion pour redorer l’image écornée de l’huile de palme avant la COP 21.

Vous revenez d’Indonésie. Qu’avez-vous constaté sur place ?

Alors que j’étais en mission pour accompagner les entreprises vers l’objectif «zéro déforestation», la toxicité des fumées rendait l’air totalement irrespirable. Porter un masque était devenu obligatoire dans beaucoup de provinces. De nombreux vols ont été annulés et j’ai dû écourter ma mission. Les gens toussent, les enfants sont confinés, pourtant les feux continuent et seules les pluies qui se font attendre semblent pouvoir les arrêter. Les poumons de la planète partent en fumée, les nôtres souffrent ! Depuis près de quatre mois, c’est 1,7 million d’hectares de forêts indonésiennes qui ont été incendiés. Le phénomène El Niño faisant persister la sécheresse, il devient d’autant plus simple de mettre le feu aux forêts naturelles pour les convertir notamment en plantations de palmiers à huile, et ce à moindres frais.

La santé de millions de personnes est en jeu…

Ces feux sont un désastre écologique et climatique mondial, avec notamment la formation de nuages de fumée toxiques qui s’étendent jusqu’aux Philippines et à la Thaïlande et ont déjà entraîné des infections respiratoires chez 500 000 personnes. Les Indonésiens paient un lourd tribut.

En quoi la déforestation contribue-t-elle au changement climatique ? Dispose-t-on de données précises sur le sujet ?

La déforestation est une des causes majeures du changement climatique. Les forêts sont des réserves de carbone. Déboiser une forêt coupe le cycle du carbone : au lieu d’être un puits de carbone, les anciennes forêts émettent du carbone qu’elles avaient accumulé. La déforestation représente entre 15% et 20% des émissions de gaz à effet de serre mondiales. Moins de forêts, c’est aussi moins de CO2 absorbé et piégé par ces écosystèmes, donc plus de CO2 dans l’atmosphère. La situation varie en fonction du taux de déforestation mondial. Avec cette crise, la situation s’aggrave et devra être traitée à la COP 21.

Les incendies de tourbières sont particulièrement graves…

Le plus souvent, en Indonésie, ce sont les tourbières, des zones humides boisées, réserves de matière organique accumulée durant des siècles, qui sont tout d’abord asséchées, drainées puis brûlées, relâchant d’énormes quantités de gaz à effet de serre dans notre atmosphère. C’est une bombe climatique ! En septembre, la quantité de gaz à effet de serre émise par les feux indonésiens aurait été supérieure à celle de l’activité économique des Etats-Unis.

Quid de la biodiversité ? On a vu ces images terribles d’orangs-outangs brûlés vifs ou fuyant les feux…

Les forêts indonésiennes sont les seules forêts du monde où l’on peut retrouver notamment des espèces endémiques de tigres, orangs-outangs, éléphants et rhinocéros dans le même écosystème. La perte de leur habitat est la principale menace pour ces espèces en danger d’extinction, mais aussi pour l’ensemble de la remarquable biodiversité de cette région. En quelques mois, c’est 2,5 fois la surface déboisée annuelle moyenne de ces dernières années qui est partie en fumée. La biodiversité paie encore le prix fort.  

Le gouvernement indonésien ne fait-il vraiment rien pour empêcher ces feux ? 

Il agit en dépêchant des pompiers, l’armée… Mais quand une tourbière asséchée volontairement s’enflamme, le feu devient très difficile à arrêter. Tout l’enjeu est de prévenir ces feux qui, je le rappelle, sont récurrents et auraient dû être évités. Cependant, selon les propres mots de certains responsables locaux, le développement agricole doit se faire, et ce d’une façon ou d’une autre… C’est complètement irresponsable d’entendre cela quand on sait l’importance des services rendus par les forêts et les possibilités de productions responsables qui existent.

Qui est responsable de ce désastre ?

La déforestation est une problématique complexe. Le secteur privé, les producteurs de matières premières jouent un rôle clé et peuvent prendre une part importante dans la mise en place des solutions. Mais pour arrêter la déforestation sur le long terme, le gouvernement doit en faire une priorité. Certaines multinationales prennent des engagements contre la déforestation et s’impliquent peu à peu pour y parvenir. Mais, en même temps, elles participent encore indirectement, via leurs fournisseurs, au déplacement de petits producteurs qui s’enfoncent toujours plus dans la forêt pour la convertir à moindres frais. Le gouvernement doit être la pierre angulaire de cette lutte contre la déforestation, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

L’huile de palme durable existe-t-elle en Indonésie? D’ailleurs, peut-on produire de l’huile de palme «durablement»?

Les monocultures de palmiers à huile ne peuvent pas être durables car elles ne sont pas basées sur un système agroforestier diversifié. Cependant, il est possible d’en réduire les impacts, notamment en termes de déforestation, et de nombreuses initiatives vont dans ce sens. Comme la certification RSPO (Table ronde pour l’huile de palme durable) qui est une première base, mais aussi les démarches qui visent à interdire de nouvelles conversions de zones à hautes réserves de carbone, dont font partie les tourbières. Certaines entreprises commencent aussi à identifier leurs propres fournisseurs d’huile de palme et à lancer des audits locaux pour s’assurer qu’ils ne participent pas à la déforestation.

Que préconisez-vous pour remédier à ce désastre ?

Au vu de la crise actuelle, force est de constater que les démarches enclenchées sont soit trop récentes, soit pas suffisantes. Nous appelons à ce qu’elles se généralisent sur tous les secteurs à risque de déforestation et demandons la mise en place immédiate d’un plan d’action «Zéro déforestation» multipartite, avec l’appui du gouvernement indonésien.

Comment y parvenir ?

L’Indonésie doit appuyer massivement ses petits planteurs en échange de l’interdiction de la culture sur brûlis, pour que ces derniers augmentent leurs productions en termes de rendement, et non par l’extension en surface de leurs cultures. Elle doit arrêter de délivrer des permis d’exploitation dans les zones de tourbières et de forêts naturelles, interdire le drainage des tourbières, ou encore surveiller les feux et la déforestation via la mise en place de satellites et la création d’une agence publique dédiée sur le terrain pour agir de manière coordonnée pour le respect de la loi.

Les entreprises, sur toute la chaîne de production et de consommation des matières à risques (huile de palme, caoutchouc, papier, minerais, etc.) doivent mettre en place des politiques zéro déforestation plus robustes et efficaces que maintenant. En impliquant notamment l’ensemble de leurs fournisseurs, en restaurant les écosystèmes dégradés et en développant des projets d’appui à la mise en place de bonnes pratiques auprès des petits planteurs indépendants.

Que pouvons-nous faire, nous, consommateurs occidentaux ?

Les consommateurs sont très sensibles aux problématiques de déforestation, tout y en participant indirectement à travers leur consommation. Ils doivent être informés de l’impact des produits sur la forêt, pour pouvoir consommer de manière plus responsable. Envol vert, dont je suis le cofondateur, les invite à mesurer leur «empreinte forêt» (1) pour connaître les risques et solutions liés à leur consommation et s’assurer d’être de vrais protecteurs des forêts.

Peut-on attendre quelque chose de la COP 21 sur ce sujet ?

Bien sûr ! L’Europe, première région importatrice de matières premières en lien avec la déforestation, doit s’assurer que tous ces produits importés ne soient plus issus de la déforestation illégale ni des feux de forêt. Une telle politique est en cours sur le bois et la pâte à papier et doit se déployer durant la COP 21 sur l’ensemble des matières premières à risque. En mettant notamment en place un système de vérification des engagements contraignants, pour que les gouvernements forestiers comme l’Indonésie respectent leurs engagements de réduction d’émissions avec des mesures concrètes. Des premières mesures ont été évoquées lors de la «Déclaration des forêts» en marge du sommet de New York organisé par les Nations unies l’an dernier, elles doivent devenir obligatoires et se déployer au plus vite. Pour que la COP 21 soit un succès, la déforestation devra y être combattue à la racine !

Coralie Schaub

Crash de l’Airbus en Egypte : l’«action extérieure» privilégiée

Le mot «attentat» n’est pas encore prononcé, mais les dernières déclarations officielles à propos du crash de l’Airbus A321 de Metrojet semblent privilégier la piste d’une explosion à bord. Dernière déclaration en date, celle d’Alexandre Smirnov, lundi, lors d’une conférence de presse : «Nous excluons une défaillance technique ou une erreur de pilotage. […] La seule cause possible est une action extérieure.»

Ce dirigeant de la compagnie aérienne russe assure que «tout porte à croire que dès le début de la catastrophe, l’équipage a perdu le contrôle total.» Il n’a pas précisé les raisons qui poussent la compagnie à soutenir cette hypothèse, sinon que l’appareil «était en excellent état technique». Il a mentionné que l’avion était «incontrôlable» : «Il ne volait pas mais tombait, et le passage d’une situation de vol à une situation de chute s’explique apparemment par le fait que l’avion a subi un dégât conséquent de sa structure.»

Autre élément venant appuyer sa thèse : les pilotes n’ont pas «essayé d’entrer en contact radio» avec les contrôleurs aériens au sol. «Nous sommes certains que nos appareils sont en bon état de marche et que le niveau de nos pilotes correspond aux standards internationaux, voire plus», a insisté la porte-parole de Metrojet Oxana Golovina lors de cette conférence de presse.

à lire aussi : Crash mystère dans le désert

L’analyse des boîtes noires, qui ont vite été retrouvées sur les lieux du crash (au cœur de la province du Nord-Sinaï), pourra étayer l’hypothèse d’une «action extérieure» et peut-être valider celle de l’attentat revendiqué par la branche égyptienne du groupe Etat islamique (EI), qui a annoncé samedi avoir détruit l’avion en représailles aux bombardements russes en Syrie. La piste de la bombe ou du missile pourra également être retenue si des traces d’explosifs sont retrouvées sur les débris.

La pire catastrophe aérienne jamais connue par la Russie

L’avion s’est écrasé samedi à l’aube, vingt-trois minutes après son décollage de la station balnéaire de Charm el-Cheikh à destination de Saint-Pétersbourg. Il se trouvait alors à plus 9 000 mètres, ce qui correspond à une altitude de croisière. Cette catastrophe aérienne, la pire jamais connue par la Russie, a fait 224 morts (217 passagers et sept membres d’équipage).

Un autre élément plaide pour l’explosion − accidentelle ou volontaire − en plein vol. «Les fragments se sont éparpillés sur une grande surface d’environ 20 kilomètres carrés», a précisé au Caire Viktor Sorotchenko, directeur du Comité intergouvernemental d’aviation (MAK), cité par les agences russes, précisant qu’il était «trop tôt pour parler de quelconques conclusions». Le MAK est chargé de mener les enquêtes après les catastrophes aériennes en Russie. A ce titre, Viktor Sorotchenko participe à l’enquête sur le crash du vol 9268 de Metrojet en Egypte, aux côtés notamment d’enquêteurs français du Bureau d’enquêtes et d’analyses pour la sécurité de l’aviation civile (BEA) et d’Allemands du BFU, qui représentent le constructeur Airbus, ainsi que des Egyptiens.

168 corps retrouvés

Dimanche soir, un officier de l’armée a assuré que 168 corps avaient été retrouvés, pour certains «loin» du principal morceau de carlingue, dont un à 8 kilomètres. Les autorités égyptiennes ont dû élargir à 15 km le rayon des recherches. Cette dispersion laisse supposer que l’avion s’est désintégré bien avant de toucher le sol. «Toutes les indications dont nous disposons témoignent du fait que la dislocation de la structure de l’avion a eu lieu dans les airs, à haute altitude», a confirmé peu après, depuis l’Egypte, le directeur de l’agence russe chargée du transport aérien Rosaviatsia, Alexandre Neradko, à la télévision russe.

L’hypothèse d’un missile envoyé par l’Etat islamique est cependant mise en doute par plusieurs experts ; pour atteindre un avion à cette altitude de croisière, «il faut disposer de missiles difficiles d’utilisation, donc ça paraît peu probable», explique Jean-Paul Troadec, ancien directeur du BEA.

Plusieurs compagnies aériennes, dont Air France, Lufthansa et Emirates, ont annoncé qu’elles ne survoleraient plus le Sinaï «jusqu’à nouvel ordre».

LIBERATION

A propos

FRANCE MEETINGS EST UN PETIT BLOG SANS PRÉTENTION SUR LE BEAU PAYS QU'EST LA FRANCE. C'EST DE L'ACTU, DE LA CULTURE, DE LA POLITIQUE, DE L'ECONOMIE... TOUT SUR LA FRANCE.